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1997 : L’industrie nucléaire civile, les OGM > Ouverture >  Discours de Bernard Bigot

Discours de Bernard Bigot

Directeur général de la recherche et de la technologie au Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie

Biographie :

BIGOT Bernard

Compte rendu :

Transcription :


17 octobre 1997 Ouverture


Discours de Bernard Bigot :


Monsieur le représentant du Président du Conseil Régional,

Monsieur le représentant du Président du Conseil Général,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les professeurs, Mesdames et Messieurs les chercheurs,

Mesdames et Messieurs,


En me demandant de participer en son nom à la cérémonie d’ouverture de la première édition des « Entretiens Scientifiques » de Brest, le Ministre, Monsieur Claude Allègre, a souhaité vous manifester tout l’intérêt que le Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie porte à une telle manifestation.

Avant de vous proposer de partager quelques réflexions qui sous-tendent cette appréciation très favorable, permettez-moi de remercier toutes celles et tous ceux qui, à des titres divers, ont ou vont apporter leur concours décisif à cette réunion qui, n’en doutons pas, sera le premier succès d’une longue série.

Je veux en premier lieu saluer et remercier le comité de parrainage et les éminentes personnalités qui le constituent. Je souhaite ensuite remercier très chaleureusement le comité scientifique et d’organisation, notamment son Président, Monsieur René Bimbot, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) qui ont conçu le programme très attrayant qui vous est proposé pendant ces deux jours autour de deux grands thèmes. Le premier est intitulé « de la découverte aux applications » avec la difficulté d’identifier et de mesurer pleinement, au-delà des simples résultats scientifiques, l’impact précis de leur utilisation à long terme. Le second est organisé autour des questions d’éthique, de prise de risque lors d’un choix politique. Vous avez su mobiliser des intervenants de grande qualité pour présenter les diverses approches de ces questions essentielles et difficiles. C’est donc aussi à ces intervenants, chercheurs, professeurs, hommes politiques, responsables d’entreprises, responsables de collectivités territoriales ou d’associations, ou tout simplement citoyens attentifs à assumer pleinement leurs responsabilités et qui se sont investis dans cette réflexion ou ce partage d’expériences que vous proposez, que je souhaite adresser tous mes remerciements pour leur contribution.

C’est enfin l’assistance, dans sa diversité, présente ici à Brest ou à l’écoute des ondes radiophoniques ou connectée au réseau Internet, que je souhaite saluer et remercie de sa présence active et attentive. Sans elle, ce débat, s’il restait confiné à quelques spécialistes et experts du domaine, serait vain et vidé de son sens.

Je ne saurais oublier de remercier les partenaires et les différents soutiens qui, par leur mobilisation financière, ont rendu possible l’organisation matérielle et la large diffusion de vos débats. En votre nom et au nom du Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, je les remercie très vivement et chaleureusement de leur investissement.

Le thème de ces deux journées ‘Science et Ethique ou le devoir de parole » constitue en lui-même une interpellation forte adressée à l’ensemble de nos concitoyens, mais tout particulièrement à la communauté scientifique. C’est d’une certaine manière aussi une réponse dépourvue d’ambiguïté qui affirme la position du comité scientifique et des organisateurs. Aucun point d’interrogation n’est associé à cette déclaration.

Je crois que vous avez raison. Le débat sur la nécessité que ces questions éthiques qui se posent au monde scientifique soient publiquement présentées, traitées, débattues est aujourd’hui dépassé. Cette nécessité s’impose désormais.

Les questions sont donc maintenant : quelle parole ? quelle forme d’expression ? quels sujets prioritaires ? quelle enceinte et quels lieux ? quelle forme pour ce débat et ses conclusions ? quel effort et quelle organisation pour que cette parole soit la plus qualifiée possible ? Toutes ces questions renvoient à l’organisation même de la recherche.

En effet, les progrès spectaculaires des connaissances liés à la formidable mobilisation de ressources consacrées à la recherche dans de nombreux pays du monde, notamment en France depuis une trentaine d'années - que l'on songe au montant du budget civil de recherche et développement technologique (B.C.R.D.), 53 milliards de francs en 1998, avec plus de 60 000 chercheurs et enseignants-chercheurs relevant de la fonction publique, autant d'ingénieurs de techniciens et de personnels administratifs, des nombres comparables dans les entreprises- permettent le développement d'applications réellement transformatrices, en profondeur et à grande échelle, de la matière elle-même qu'elle soit vivante ou inerte, et des systèmes naturels. Ces applications ont désormais des impacts marqués potentiellement durables, sur nos modes de vie, nos sociétés, e fonctionnement même de la nature, avec le déplacement de ses grands équilibres. Que l'on songe aux déchets qui résultent de la production d'énergie, déchets nucléaires, mais aussi déchets qui résultent de la combustion des matières fossiles (dioxyde de carbone, d'azote, particules solides...), car toute transformation énergétique produit des déchets qui peuvent modifier notre sous-sol, comme notre atmosphère, notre climat et les ressources marines. Que l'on songe aux nouveaux organismes génétiquement modifiés suite à la formidable révolution biologique que nous vivons avec les progrès de la génétique. Vous avez bien fait de choisir d'aborder ces deux sujets d'actualité. Puissiez-vous faire progresser utilement le débat sur ces questions difficiles qui imposeront des choix rapides !

Mais, au-delà de ces possibilités nouvelles d'applications qu'offrent le progrès des connaissances et les découvertes scientifiques, ces mêmes progrès permettent de mesurer plus finement, avec plus de fiabilité, sur des échelles de temps plus longues, l'impact même de leurs applications. Les seuils de détection atteints, la partie par milliard et même parfois bien en dessous de cela, vont parfois bien au-delà de ce à quoi tout organisme vivant ou écosystème est sensible sur de longues échelles de temps, pour autant que l'on puisse le constater sur de grandes populations. Songeons que l'on dispose aujourd'hui d'un suivi de plus de 30 ans autour de certaines installations nucléaires pour les personnels, les habitants environnants, de multiples organismes naturels, le sol ... Rien de tout cela n'était envisageable, avant l'émergence même de ces installations.

L'élévation du niveau de culture scientifique et technique, certes encore insuffisante, mais qui a beaucoup progressé depuis 40 ans, fait que nos société n'acceptent plus désormais les décisions dont elles ne comprennent pas les termes. Il y a un devoir d'explications et de justifications de la part des scientifiques.

Avant de conclure, permettez-moi de vous préciser quelques éléments qui, de mon point de vue, doivent guider vos réflexions :
- connaître ne privera pas de choisir. Mesurer la part des risques encourus ne fera pas que la solution adoptée, et que l'on peut espérer la plus consensuelle possible, mais ne soyons pas angélique, ne comportera pas un risque. L'important est de connaître ce risque et de le comparer aux autres solutions écartées.
- prendre la parole, oui, mais la prendre en la situant dans son contexte. Tout peut être rendu insignifiant, si la réflexion est isolée de son contexte. Par exemple, le fait que la radioactivité naturelle soit en moyenne de 2,4 millisievert en France avec des pointes à 5 et 7 millisievert dans certaines régions alors que la radioactivité induite en 1997 par les installations électronucléaires n'est, au plus, que de 0,02 millisievert mérite d'être placé en perspective avec les modifications récente du taux de CO2 dans l'atmosphère terrestre qui montre que le taux actuel est d'un facteur double avec tout ce qui a été constaté depuis 400 000 ans par les travaux de paléo-géologie. Quand on parle de déchets liés à la production d'énergie, il convient d'avoir présent à l'esprit non seulement les problèmes potentiels de santé publique et d'épuisement des ressources, mais aussi ceux d'évolution climatique ...
- éviter la captation du débat par quelques spécialistes particulièrement médiatiques et que les journalistes, dans une logique de facilité, contactent systématiquement. Il est indispensable de rechercher les points de vue multiples, de viser la diversité, de renouveler les générations, d'éviter les groupes de pression. J'ai pu constater, par exemple, que sur les O.G.M. (Organismes Génétiquement Modifiés) le nombre de scientifiques sollicités pour s'exprimer dans la presse est de quelques unités alors qu'il y a plusieurs dizaines de chercheurs français du meilleur niveau international qui peuvent s'exprimer sur ces sujets.
- le débat éthique n'a de sens que si l'on fait référence à des valeurs partagées : respect de la personne humaine, droit des générations futures à bénéficier des ressources naturelles, droit à la santé ... Les comités d'éthique qui se sont développés en France cherchent à approfondir l'étendu de ces valeurs fondamentales qui ont abouti à des lois importantes : loi Huriet Sérusclat, loi sur la génétique et le respect des personnes, loi sur l'utilisation des éléments et produits du corps humain ...
- un débat déconcentré : il convient d'offrir des lieux multiples de débats. Vous avez indiqué que les "Entretiens Scientifiques » de Brest ne sont pas concurrents des manifestations existantes. Ils entendent apporter un éclairage différent. Par nature, l'éclairage sera différent. Mais il ne faut pas redouter la multiplicité des débats. Chacun d'eux n'atteint qu'une fraction limitée de personnes et leur multiplication est essentielle.

En conclusion permettez moi de vous renouveler tous mes vœux de plein succès et de souhaiter que cette première édition soit suivie de nombreuses autres. Votre effort doit s'inscrire dans la continuité. Un événement unique n'aurait qu'un intérêt très limité.

Mes obligations me privent d'assister à la totalité des débats Soyez convaincus que je le regrette vivement, mais l'initiative de la mise sur le réseau Internet par les élèves de l'E.N.S.T. de Bretagne me permettra de suivre avec intérêt vos travaux. Voilà un bel exemple de la multiplicité des lieux de débats.




Mis à jour le 08 février 2008 à 11:34