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1997 : L’industrie nucléaire civile, les OGM > TR 1 : L'explosion de l'expertise : La controverse scientifique et technique à propos d’un projet de nouvelles filières de production de l’énergie >  Synthèse de la table ronde 1

Synthèse de la table ronde 1

Claude Birraux, député de Haute-Savoie, membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques
Bertrand Barré, directeur des réacteurs civils, CEA
Hubert Doubre, chargé du programme PACE, CNRS (IN2P3)
Robert Klapisch, directeur de recherche, CNRS, détaché auprès de Carlo Rubbia, CERN Genève

Biographies :

BARRE Bertrand, BIRRAUX Claude, DOUBRE Hubert, KLAPISH Robert

Compte rendu :

Transcription :


17 octobre 1997 TR 1 : L'explosion de l'expertise : La controverse scientifique et technique à propos d’un projet de nouvelles filières de production de l’énergie


Synthèse :


En décembre 1996, une audition parlementaire organisée à l’initiative du député Claude Birraux avait permis au professeur Carlo Rubbia du C.E.R.N., à Genève, de présenter son projet de réacteur-accélérateur.

Le débat est introduit par la projection d’un résumé de cette audition, sous la forme d’un montage de 15 minutes d’extraits choisis par René Bimbot, à partir de l’enregistrement vidéo intégral de huit heures réalisé par l’Office Parlementaire.

Pour Claude Birraux, ce type d’audition, en étant intégralement enregistrée et donnant lieu à un rapport, constitue "une contribution essentielle à la transparence". En rendant visible la "panoplie de choix" qui s’offre au législateur, l’audition du professeur Rubbia s’inscrit en outre dans le cadre de la loi de 1991 relative à la gestion des déchets radioactifs. La mission de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques consiste en effet à éclairer les choix que le législateur devra prendre en 2006. C’est sur cette procédure novatrice qu’il a souhaité voir les participants au débat s’exprimer. Comment ont-ils appréhendé cette audition ? Comment se sont-ils situés lors de cette audition ? Qu’en est-il de l’évolution de ce dossier ?

Pour Robert Klapisch, l’audition parlementaire a représenté un tournant dans la mesure où la séance a permis de préciser certaines positions et de faire apparaître des points de convergence. Le physicien en profite pour rappeler les caractéristiques essentielles de l’amplificateur d’énergie, ce réacteur qui n’existe pour l’instant que sous forme de projet. Selon lui, l’entreprise mérite d’être tentée, d’autant qu’elle peut s’inscrire dans le cadre de la loi Bataille de 1991 concernant les recherches relatives aux déchets radioactifs à vie longue. En effet, ce type de réacteur aurait l’avantage de ne produire qu’une faible quantité de ces résidus radioactifs, voire d’en incinérer. Si l’énergie nucléaire civile redevient l’énergie principale, on doit, en effet, répondre aux problèmes des déchets, de l’environnement et de la sécurité. Dans cette hypothèse, le prototype proposé permet à la fois d’incinérer les déchets et de produire de l’énergie à un niveau non négligeable. Selon Robert Klapisch, l’audition a permis de discuter de ces questions en sortant pour la première fois le débat d’un espace d’experts.

Pour sa part, Bertrand Barré estime que le mérite de l’audition organisée dans le cadre de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, était d’avoir conduit le C.E.A. (Commissairat à l’Énergie Atomique) à prendre officiellement position sur ce dossier alors qu’auparavant le C.E.A. en tant que tel n’avait pas d’opinion unique sur le réacteur Rubbia, ses scientifiques étant partagés sur la question. Pour le directeur des réacteurs nucléaires au C.E.A., le problème central est de savoir si ce projet justifie ou non le développement d’une nouvelle filière et l’investissement que celui-ci représente. En ce sens, il s’agit plus d’un problème de choix économique que d’une controverse scientifique et technique. Pour la lutte contre la prolifération et pour la production d’énergie, les arguments avancés en faveur du réacteur Rubbia ne semblent pas être très convaincants. Par contre, les avantages de ce réacteur en ce qui concerne les déchets le sont. Aujourd’hui, tout n’est encore que sur le papier et il faut parvenir à un "cahier des charges" commun, si possible au plan européen, avant de passer à un projet de "démonstrateur" du concept. En France, ces études sont coordonnées au sein d’un groupement de recherche, "Gédéon", qui regroupe le C.E.A., le C.N.R.S. et E.D.F.

C’est du reste ce que rappelle le physicien nucléaire Jean-Paul Schapira dans une première intervention, en précisant que s’il a pu y avoir par le passé controverse scientifique sur le projet du professeur Rubbia, les éléments de la controverse se sont désormais déplacés sur le choix des filières, et sur les solutions envisagées pour la gestion des déchets radioactifs. Dans l’industrie nucléaire, ajoute-t-il, "il n’y a pas consensus sur ces questions".

Hubert Doubre insiste tout d’abord sur le caractère singulier d’une loi (la loi du 30 décembre 1991) qui définit ses acteurs, et à qui elle fait obligation de conduire des recherches sur la gestion des déchets. Le C.N.R.S. mène ainsi des travaux de nature fondamentale en physique (sur les moyens d’éliminer les déchets des réacteurs nucléaires), en chimie (sur les moyens de les séparer chimiquement, ou sur la forme sous laquelle ils seraient stockés), enfin en sciences de la terre (sur les problèmes géologiques soulevés par l’implantation de laboratoires souterrains étudiant des sites de stockage). Ces travaux ont largement bénéficié des propositions du Professeur Carlo Rubbia, rappelées par Robert Klapisch. Le volume de déchets à traiter, les temps caractéristiques des produits considérés paraissent bien nous obliger à envisager de nouveaux concepts, une nouvelle filière. En ce sens, il n’y a pas controverse entre les différentes institutions penchées sur ces problèmes, mais bien au contraire nécessité d’une coordination entre elles pour en étudier les multiples aspects, à l’aide de simulations, d’expériences et même de prototypes : l’intérêt d’une recherche fondamentale menée par le C.N.R.S. est bien de pouvoir en approcher globalement tous les aspects, allant jusqu’à envisager, par exemple, de nouveaux combustibles (le thorium) ou fluides caloporteurs (le plomb.)

Une question posée de la salle permet de souligner que la loi place ici les scientifiques, plus qu’en toute autre situation, à la disposition des citoyens ; et si l’argent consacré découle bien d’une réorientation des programmes du C.N.R.S. (et en ce sens fait défaut à d’autres chercheurs), il s’agit là de choix tout à fait habituels, à une époque où aucune direction de recherche ne peut être suivie sans être évaluée et comparée aux autres.

Claude Birraux, animateur de cette table ronde, conclut en rappelant la démarche qui sous-tend les auditions parlementaires, ainsi les débats comme celui-ci : "les scientifiques ne peuvent pas s’abstraire des interrogations des citoyens et des élus qui les représentent".





Mis à jour le 08 février 2008 à 12:11