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1997 : L’industrie nucléaire civile, les OGM > TR 2 : L'explosion de l'expertise : Les applications biologiques face à la réglementation >  Synthèse de la table ronde 2

Synthèse de la table ronde 2

Valentin Beauval, membre de la Confédération paysanne (Pays de la Loire)
Pierre-Benoît Joly, professeur économiste, Université Pierre Mendès France
Claude Férec, professeur PUPH, directeur de l'établissement de transfusion sanguine de Bretagne Occidentale
Vincent Pétiard, directeur du Centre de R&D Nestlé
Jean-Noël Plagès, directeur veille technologique en biotechnologie, Limagrain

Biographies :

FEREC Claude, PETIARD Vincent

Compte rendu :

Transcription :


17 octobre 1997 TR 2 : L'explosion de l'expertise : Les applications biologiques face à la réglementation


Synthèse :


Le débat est introduit par la projection d’un documentaire réalisé par Limagrain et un premier tour de table permet de présenter les différentes étapes relatives aux autorisations nécessaires pour entreprendre des recherches en matière d’Organismes Génétiquement Modifiés.

Jean-Noël Plagès précise d’emblée qu’un programme d’introduction d’un gène dans un organisme ne peut se faire sans l’autorisation de la C.G.B. (Commission du Génie Biomoléculaire). Le parcours est très important et complexe, ceci pour des raisons de sécurité et d’environnement. Les longues études qui en découlent, portent sur des questions de consommation, d’allergie, de dissémination... Actuellement, les semenciers cherchent à apporter un avantage aux consommateurs et aux agriculteurs : offrir des produits de qualité alimentaire supérieure, régler les problèmes de nutrition, faire produire par les plantes des molécules thérapeutiques (molécule d’hémoglobine).

Valentin Beauval rappelle que le monde de l’agriculture n’est pas systématiquement contre les O.G.M., mais ceux qui sont présentés actuellement et acceptés par les commissions n’ont aucun intérêt économique, écologique ou alimentaire. Il est donc nécessaire que des études scientifiques plus poussées soient faites, et que les décisions ne soient pas prises trop hâtivement.

Pierre-Benoît Joly remarque que l’intérêt socio-économique des travaux sur les O.G.M. est mal perçu par la population. Lors des débats sur les plantes transgéniques, le public s’intéresse plus à la façon dont les accidents seront gérés qu’aux risques d’accidents eux-mêmes. Dans quelles mesures morales, les risques peuvent-ils être acceptés ? Faut-il réformer la Commission du Génie Biomoléculaire qui ne répond pas toujours aux attentes du consommateur ? Faut-il des débats publics sous la forme de conférences de consensus, comme au Danemark ? Enfin, est-il encore temps d’avoir un débat public sur les biotechnologies quand aux Etats-Unis, il y a une culture, une commercialisation et une exportation des O.G.M. ?

Pour Vincent Pétiard la position de Nestlé vis-à-vis des O.G.M., est globalement favorable, mais il doit y avoir une analyse au cas par cas. Il y aura cependant une adaptation par rapport aux désirs, aux pressions des consommateurs et des distributeurs locaux. Le problème de l’acceptation des O.G.M. par le consommateur est plus un problème moral qu’une inquiétude face à des dangers éventuels. Si les O.G.M. arrivent sur le marché, ils subiront tous les mêmes contrôles, ni plus, ni moins, que les autres produits classiques. Il est pourtant regrettable que les directives sur l’étiquetage se mettent en place sous la pression de la grande distribution plutôt que pour suivre une réelle demande du consommateur.

Claude Férec a rappelé que le développement, au cours des quinze dernières années, de la biologie moléculaire et des techniques de recombinaisons génétiques, a ouvert en médecine un immense champ d’investigation : le génome humain. Il ne se passe pas de semaine sans que de nouveaux gènes soient localisés, cartographiés et séquencés. Cette connaissance nouvelle du message génétique a permis l’exploration fine de la pathologie moléculaire des gènes et a également permis de dresser un inventaire chaque jour plus complet des mutations responsables de pathologies. Les gènes de la myopathie de Duchenne, de l’hémophilie, de l’hémochromatose, de la mucoviscidose, pour ne citer que les maladies monogéniques les plus fréquentes, sont maintenant connus et les nombreuses mutations et délétions ont été répertoriées. Ainsi sont mieux comprises les bases moléculaires qui conduisent à l’apparition d’une maladie et de façon pratique ceci a ouvert pour les familles concernées une possibilité de diagnostic anténatal lors de grossesses ultérieures et une prévention des sujets apparentés par un dépistage en cascade des porteurs de mutations. Il s’agit tout simplement ici de la naissance d’une nouvelle spécialité : la génétique médicale où le diagnostic doit être sans faille et où la prise en charge des patients pose très souvent des problèmes éthiques de première importance. Les médecins ont aujourd’hui un devoir d’information envers les patients auxquels ils proposent une exploration de leur patrimoine génétique. Cette démarche s’inscrit, au plan juridique, dans le cadre des lois de bioéthique qui réglementent aujourd’hui en France l’activité de génétique moléculaire. Ainsi, il est du devoir des médecins et des laboratoires de donner aux patients une information éclairée, qui se traduit par un consentement écrit et signé avant de pouvoir procéder au prélèvement sanguin. Ils s’engagent à être dépositaire de l’A.D.N. de ces patients, à ne pas analyser d’autres gènes. Ils s’engagent, également, à ne pas transmettre cet A.D.N. à un autre laboratoire sans l’autorisation écrite du patient. Il s’agit là, de mesures visant à protéger le patrimoine génétique de chaque sujet. Dès aujourd’hui, l’analyse des gènes de susceptibilité des maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle, les thromboses veineuses, certaines formes de cancers, ouvre considérablement le champ d’application de ces lois de bioéthique. On imagine très bien les dérives que pourrait entraîner la divulgation des connaissances de ces analyses génétiques à des compagnies d’assurances, des employeurs etc. Il est important, dans notre domaine, que la science et la médecine progressent pour mettre au point des médicaments dérivés du génie génétique (virus recombiné, vecteur de synthèse) et pour traiter, peut-être un jour, certaines maladies par thérapie génique. A ce niveau également, il sera important de prévenir, d’informer, avant de mettre en place des traitements nouveaux. Les possibilités d’étude et de compréhension des maladies génétiques ont considérablement progressé au cours des vingt dernières années ! Nos possibilités en terme de diagnostic, de prévention et de thérapie sont une réalité. "Gardons-nous cependant d’oublier l’essentiel, le respect du patient".

La discussion avec la salle s’engage sur les problèmes d’éthique spécifiques aux O.G.M. Vincent Pétiard mentionne que beaucoup de consommateurs et de grands groupes industriels (notamment germaniques) considèrent qu’il n’y a pas à passer outre la sélection naturelle s’il n’y a pas de bénéfices pour les citoyens. Maintenant, il faut se demander si tous les avantages des O.G.M. ont bien été montrés ! Un représentant de Germicopa, quant à lui, intervient pour rappeler que lorsqu’il s’agit de sujets concernant l’alimentation, le débat n’est jamais d’ordre scientifique mais d’ordre personnel (religion, culture, éducation...). Il semble que vouloir développer les O.G.M. en France soit une erreur de marketing car le public n’est pas prêt à les accepter. En revanche, ce n’est pas une erreur scientifique et les études sur les O.G.M. doivent être poursuivies. Il faut veiller au sérieux des contrôles et des propos tenus. Pour Michel Aigle, évolutivement, tous les êtres vivants sont naturellement des produits de transgénèse et de transgénèse massive. Ceci se vérifie par l’étude du génome. Dire que la transgénèse est artificielle est totalement faux ! Si l’homme pense avoir un pouvoir supérieur parce qu’il sait faire quelque chose que la nature sait faire depuis longtemps, il se trompe ! "Savoir faire" donne un pouvoir important, mais surtout, donne une responsabilité importante vis-à-vis de ce qui est fait et des autres.





Mis à jour le 08 février 2008 à 12:20