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1997 : L’industrie nucléaire civile, les OGM > TR 2 : L'explosion de l'expertise : Les applications biologiques face à la réglementation >  Discours de Valentin Beauval : Interventions techniques concernant les OGM végétaux

Discours de Valentin Beauval : Interventions techniques concernant les OGM végétaux

Membre de la Confédération paysanne (Pays de la Loire)

Biographie :

BEAUVAL Valentin

Compte rendu :

Transcription :


17 octobre 1997 TR 2 : L'explosion de l'expertise : Les applications biologiques face à la réglementation


Discours de Valentin Beauval :



Des risques importants de diffusion dans le milieu des transgènes.

Ces risques sont nettement plus importants pour les plantes que pour les animaux génétiquement modifiés (la reproduction des animaux est plus facile à contrôler).

Le gène transféré à une plante peut, via le pollen et la reproduction classique, se diffuser dans le milieu chez d'autres plantes de Ia même espèce ou des "cousines sauvages" avec lesquelles les croisements sont possibles. Ainsi, dans le cas du colza, des chercheurs français (I.N.R.A. de Rennes), écossais et danois ont mis en évidence une diffusion rapide dans les parcelles voisines de celle où a été cultivé le colza transgénique. Ce phénomène a également été observé avec des betteraves génétiquement modifiées et le sera pour les O.G.M. végétaux ayant un pourcentage significatif de fécondation croisée (allogamie) et des plantes génétiquement proches dans leur voisinage.

Ce problème est bien connu des agriculteurs qui produisent des semences. Les producteurs français de semences de carottes savent qu'il leur faut enlever les carottes sauvages dans les parcelles voisines et les chemins dans un rayon, selon les cas, de 1 à 2 km autour de leur parcelle. S'ils ne le font pas, le pollen de ces "cousines sauvages" aux racines blanches se
croisera avec leurs carottes aux racines rouges.
Pour les mêmes raisons, les producteurs de semences de radis éliminent les ravenelles aux alentours de leurs parcelles.

Dans la zone productrice de semences du Maine et Loire où est situé notre exploitation agricole, une cartographie des parcelles semencière est réalisé avant chaque campagne et les producteurs et firmes doivent nécessairement se concerter pour gérer ce problème de "pollution".

Si l'O.G.M. concerné est une plante devenue résistante à un herbicide total, cette diffusion non maîtrisable de gènes dans le milieu est inquiétante car les"cousines sauvages" deviendront progressivement résistantes à cet herbicide. Il sera d’ailleurs impossible d’arrêter ce processus dès lors que les tests ne seront plus réalisés en milieu contrôlé.

Ainsi, pour résoudre un problème de désherbage à court terme dans le colza ou à la betterave, on rendra à moyen terme plus complexe et plus coûteuse la lutte contre les adventices :
- dans la parcelle même de l'agriculteur (il sera plus difficile dons les années à venir de détruire les colzas génétiquement modifiés qui relèveront pendant plus de dix ans)
- dans les parcelles des voisins (qui constateront à leurs dépens que l'herbicide total qu'ils emploient n'est que partiellement efficace ou, s'ils auto-produisent leurs semences de colza, sèmeront des plantes génétiquement modifiées sans le savoir).

Les partisans de ce type d’O.G.M. nous disent qu'ils sont adoptés sur de grandes superficies aux U.S.A. C'est vrai, mais le parcellaire nord-américain n'a rien à voir avec la mosaïque de champs de la plupart de nos régions européennes. Les risques de dissémination des gènes paraissent donc plus réduits aux U.S.A. que chez nous.

La perte d'efficacité de certains herbicides totaux (principalement le glyphosate et glufosinate-ammonium) dont les gènes de résistance auraient été transférés à certaines plantes cultivées induirait des problèmes techniques et environnementaux. En effet, le glyphosate (nom commercial initial = roundup) est, sur le plan toxicologie, "non classé" car peu toxique pour l'homme et les animaux. Si cette molécule très intéressante pour l'environnement n'est plus efficace, les agriculteurs utiliseront d'autres matières actives, en général nettement plus toxiques.


Ce transfert non maîtrisable de gènes peut également induire des conséquences juridiques : les voisins peuvent se retourner contre l'agriculteur qui aura introduit l’O.G.M. dans le milieu ; idem pour un propriétaire foncier vis à vis de son fermier locataire ; idem pour le producteur de semences biologiques qui aura été pollué par les pollens des O.G.M. cultivés par ses voisins.

Suite à ces considérations admises par la majorité des scientifiques, comment peut-on expliquer que la Commission du Génie Biomoléculaire (C.G.B.) présidée par Axel Kahn ait donné un avis favorable pour la mise en culture de deux colzas transgéniques ?


Des O.G.M. plus rentables pour les firmes obtentrices que pour les agriculteurs

Pour les colzas résistants à un herbicide, le gain de rendement sera faible ou nul vu les solutions de désherbage actuellement disponibles pour cette culture. Au niveau de la marge hectare pour le producteur, le paquet "variété O.G.M. + herbicide" de la firme aura un prix ajusté pour être de peu inférieur aux solutions actuelles. Ainsi, l'essentiel du gain reviendra à la firme obtentrice et à ses distributeurs (coopératives et privés). Je partage, sur ce point, l'avis de Guy Pallotin, actuel directeur de l'I.N.R.A. qui affirme, dans un article de la France Agricole de Novembre 1996 "Si toutes les plantes de France étaient rendues résistantes à un herbicide, l'économie générée ne dépasserait pas le milliard de Francs ".

Pour le maïs Bt résistant à un insecte la pyrale, le gain de rendement sera réduit car, dans les zones françaises où cet insecte est fréquent, il est le plus souvent bien contrôlé par une application insecticide (utilisation de pyretrhines à faible dose et en micro-granulés, ce qui limite les effets négatifs sur la faune auxiliaire) ou la solution biologique sur 30 000 ha (grâce aux trichogrammes, mouches qui parasitent Ia pyrale). Le surcoût de la semence sera aussi calculé pour que la firme obtentrice du maïs modifié soit la principale gagnante.


Des techniques encore imparfaitement maîtrisées et des risques "santé humaine" mal cernés

Comme le signalait en avril 1997 Gilles-Eric Séralini, professeur des universités en biologie moléculaire, dans une communication au Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la
Recherche, nous serions encore des "apprentis cloneurs" car :
1. les lieux d'insertion dans le génome des gènes transférés sont rarement connus,
2. on sait peu de choses sur la régulation corrélée de séries de gènes,
3. on connaît mal la stabilité génétique de plantes issues de transgénèse,
4. on n'a pas étudié tous les métabolites produits par le gène transféré dans la plante et leurs conséquences sur la santé humaine.

Christian Dumas, chercheur C.N.R.S.-I.N.R.A., mentionne dans un texte intitulé "réflexions sur le maïs transgénique : "Pour répondre à foutes les interrogations du public, il est indispensable de réaliser des recherches fondamentales de nature physiologique, biochimique et écologique sur les O.G.M." (texte figurant dans la documentation produite en octobre 1997 par l'association "Maïs avenir").


Conclusion personnelle concernant ces O.G.M. végétaux


Les O.G.M. végétaux actuellement proposés à l'homologation par les plus grandes firmes de l'agrochimie présentent divers risques pour l'environnement et, peut-être pour les consommateurs. Ils ont un intérêt économique limité pour les agriculteurs et ils accroissent leur dépendance économique vis à vis de ces firmes. Il ne faut donc pas accepter dans la précipitation leur mise en culture.

Il ne faut pas non plus accepter le discours de certaines de ces firmes qui évoquent la faim dans le monde et présentent leurs produits O.G.M. comme des solutions miracles. Nous savons que la faim est davantage liée à des problèmes de pauvreté qu'à un déficit de la production agricole mondiale (cf. cas brésilien). Par ailleurs, de multiples gains de productivité peuvent être obtenus grâce aux solutions techniques actuellement disponibles.

Dans l'avenir, lorsque la technique de transgénèse sera mieux maîtrisée (connaissance exacte du lieu d'insertion du gène) et ses impacts sur le fonctionnement des gènes voisins bien identifiés, d'autres O.G.M. plus intéressants pour la collectivité et les agriculteurs seront certainement présentés à l'homologation. Il sera alors temps de porter un regard moins critique sur cette méthode d'amélioration génétique.


Propositions de la Confédération Paysanne en matière de réglementation O.G.M.

Refus de considérer les U.S.A. comme modèle et d'accepter, de peur de mesures de rétorsions commerciales édictées par l'Office Mondial du Commerce (O.M.C.), les O.G.M. végétaux trop rapidement homologués outre atlantique. L’U.E. a, jusqu'à présent, refusé l'hormone laitière et les hormones pour la viande bovine. Les pays européens devraient soutenir la position autrichienne qui refuse les O.G.M. adoptas par l'U.E. et l'insuffisant étiquetage des produits alimentaires pouvant contenir des nutriments issus d'O.G.M.

Mise en place au niveau européen d'une législation plus stricte, inspirée par le principe de précaution et permettant de préciser ce qu'est un risque acceptable pour la collectivité.

Création d'une commission d'agrément européenne véritablement transparente, pluraliste et indépendante (caractéristique faisant souvent défaut à l'actuelle G.G.B. française ayant une composition très contestable, fonctionnant à huis clos, des rapports peu détaillés et seulement annuels, etc.). Cette commission européenne comporterait des scientifiques, des représentants des consommateurs, des juristes, des représentants des agriculteurs, etc. La globalité des problèmes induits par chaque innovation devrait être pris en compte (conséquences pour la santé humaine, l'environnement mais aussi l'emploi, l'occupation du territoire, etc.). Au lieu de fonctionner selon le principe très théorique du "consensus", cette commission devrait organiser le déroulement des débats autour des différentes thèses possibles, chacune ayant leur avocat. Marie-Angèle L'Hermite et Philippe Roqueplo ont fait des propositions précises sur ce plan. Pour démocratise la science, on ne peut se contenter de décisions politiques à huis clos.

Pour permettre à la commission européenne mentionnée ci-dessus d'émettre un avis sur l'homologation des O.G.M., nous souhaitons que, pour les innovations présentant un intérêt reconnu pour la collectivité, des expérimentations soient menées en milieu contrôlé pendant au moins cinq ans par des instituts de recherche nationaux ou internationaux non liés aux firmes (ce qui suppose l'attribution de fonds spécifiques à la recherche publique). Les protocoles seraient établis grâce à une concertation entre les chercheurs des pays de l'U.E. puis approuvés par la commission européenne.






Mis à jour le 08 février 2008 à 12:21