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1997 : L’industrie nucléaire civile, les OGM > TR4 : Un Comité d'éthique, pour quoi faire? >  Discours de Serge Mabeau : Des légumes non transgéniques

Discours de Serge Mabeau : Des légumes non transgéniques

Directeur général, Bretagne Biotechnologie Végétale, Saint-Pol-de-Léon

Biographie :

MABEAU Serge

Compte rendu :

Transcription :


18 octobre 1997 TR 4 : Un comité d'éthique, pour quoi faire?


Discours de Serge Mabeau :


Bretagne Biotechnologie Végétale (B .B.V.), est une structure de recherche appliquée en biotechnologie végétale réunissant sous forme d'un G.I.P. (groupement d'intérêt public) d'une part des partenaires professionnels (le C.E.R.A.F.E.L., Comité Economique Régional Fruits et Légumes de Bretagne, porteur de la marque collective "Prince de Bretagne", le CERAFLOR, Comité Economique Régional Horticole, l’O.B.S., Organisation Bretonne de Sélection), d'autre part des organismes de recherche (l’I.N.R.A., l'U.B.O., le C.N.R.S.) et enfin les collectivités.

Notre métier est de mettre au service des entreprises des filières horticole et légumière et les outils modernes de la biotechnologie végétale. Entre autres choses, nous utilisons les outils de la biologie moléculaire, non pas à des fins de transformation génétique, mais pour effectuer des dépistages génétiques: détection précoce de caractères d'intérêt agronomique pour accélérer la création variétale, détection de fraudes, contrôle qualité des semences, etc.

Aujourd'hui, l'outil que représente le transfert de gènes (i.e. la transformation génétique) représente un saut technologique très important, permettant une augmentation considérable de l'éventail et de la vitesse de mise en oeuvre de l'amélioration génétique. Elle rend également possible des objectifs totalement nouveaux tels que l'utilisation des végétaux, non plus comme produits finaux, mais comme "usine cellulaire" dont on peut orienter le métabolisme vers la production de molécules, par exemple d'intérêt pharmaceutique. Cette puissance justifie que l'on mette en place des procédures minutieuses d'évaluation des risques.

L'acceptation des organismes génétiquement modifiés (O.G.M.) doit, ou devrait, prendre en compte :
- L'évaluation des risques pour l'environnement et la sécurité alimentaire (risque pour le consommateur). C'est sur ce terrain que se place la C.G.B., commission du génie biomoléculaire, dont il a été longuement question pendant ces deux journées.
- Les avantages pour le consommateur ou l'environnement. L’"acceptabilité morale" de ces produits.

En effet, le risque n'est pas la principale cause de rejet des O.G.M. par le consommateur. Le transfert de gènes fait reculer la barrière hautement symbolique entre les espèces, et notamment entre l'homme et les autres organismes vivants. L'acceptation des O.G.M. par le citoyen ou le consommateur fait également intervenir des considérations religieuses ou philosophiques. A titre d'exemple, le consommateur peut être très réticent vis-à-vis de l’utilisation de gènes animaux au sein d'espèces végétales. Enfin, la relation de chacun d'entre nous avec son alimentation revêt des aspects affectifs et culturels.

L'importance des facteurs non directement liés à l'évaluation du risque est illustrée par le récent décalage entre l'avis favorable de la C.G.B. concernant le maïs transgénique résistant à un insecte, la pyrale, et la décision française d'en interdire la culture sur notre territoire, tout en en autorisant l'importation. Ceci tendrait à supposer que la culture de ce maïs fait courir un risque pour l'environnement, hypothèse rejetée par les commissions scientifiques.

Pour les légumes, qui sont consommés en l'état le consommateur est encore plus réticent que pour des produits tels que le soja ou le colza qui sont transformés par l'industrie agroalimentaire.

Ces réticences, exprimées par le consommateur, sont relayées par la grande distribution. En effet, à condition que l’information véhiculée par l'étiquetage des produits soit pertinente - et cela demeure aujourd'hui l'un des problèmes à résoudre ! - l'acte d'achat est l'un des moyens d'expression du citoyen. Voici quelques exemples de la position actuelle de certaines enseignes de la grande distribution. Après avoir créé un comité scientifique sur le sujet en début d'année 1997, Carrefour a décidé, à la fin de l'été, de boycotter les O.G.M. dans les ingrédients entrant dans la composition des produits à marque Carrefour. En février 1997, Casino avait également demandé à ses fournisseurs de bannir l'utilisation des O.G.M. dans ses marques propres.

Parmi les différents marchés européens, le marché allemand, particulièrement important pour la filière légumière bretonne (le chou-fleur breton, par exemple, est exporté à 50 % vers ce pays), est le plus hostile aux O.G.M. : entre autres groupes alimentaires, Bahlsen, Ferrero et Milupa ont renoncé au soja génétiquement modifié. D'ores et déjà, certains clients de "Prince de Bretagne" exigent l'absence de légumes transgéniques au sein de la gamme.

Dans ce contexte des relations entre science et citoyen, les aspects sémantiques revêtent également une grande importance. Illustrations de la difficulté à établir une communication sans distorsion entre le chercheur et le public, certains mots ont acquis une connotation négative. Par exemple, le simple fait d'oeuvrer dans le domaine de la génétique, i.e. la science de l'hérédité, qui consiste à étudier la transmission des caractères anatomiques, cytologiques et fonctionnels des parents aux enfants, est suspect pour une partie de l'opinion. Au sein de B.B.V., nous utilisons les "empreintes génétiques" pour identifier la présence de caractéristiques intéressantes au sein d'une plante. Cette action, qui consiste à analyser un génome pour la présence ou l'absence d'un gène donné chez une plante, est radicalement différent du transfert de gènes, ou transformation génétique qui consiste à introduire un ou plusieurs nouveaux gènes dans le génome de la plante.

En d'autres termes, même si nous avons fait le choix de ne pas nous engager dans les actions de transformation génétique, l'acceptabilité de nos travaux n'est pas pour autant acquise, en raison de problèmes de sémantique et de communication. Ces exemples montrent la nécessité pour le chercheur de communiquer et d'expliquer au grand public ses missions et les précautions qui sont prises pour la sécurité de l'environnement et du consommateur.

Une des questions posées en préambule à ce colloque était : "les chercheurs doivent-ils s'adapter aux interrogations de la société". Nous avons fait le choix de cette adaptation. Si le chercheur a un rôle indiscuté dans les travaux portant sur l'évaluation et la maîtrise des risques, il doit dans certains cas aussi s'adapter aux exigences de la société, même si celles-ci relèvent de considérations affectives, culturelles ou philosophiques.

Garantir l'absence d'O.G.M. dans des produits issus des grandes filières végétales (soja, colza, maïs, etc.) peut s'avérer très difficile, voire irréalisable, pour plusieurs raisons que nous ne développerons pas ici : mélanges de matières d'origines différentes tout au long des filières, marchés mondiaux, difficultés d'échantillonnage avant analyse (risque de "passer à côté") et difficulté technique de l'analyse elle-même, qui suppose que l'on connaît a priori le fragment de chromosome que l'on recherche. En revanche, la mise en place d'une filière distincte et réglementée au sein des filières fruits et légumes, à l'image de l'agriculture biologique, est du domaine du possible. Le chemin est en partie parcouru par certaines filières fruits et légumes qui se sont engagées depuis plusieurs années dans des programmes de traçabilité, permettant de suivre la vie du produit depuis la semence jusqu'à l'assiette, de contrôler les pratiques culturales, et ainsi de garantir la sécurité du consommateur et la préservation de l'environnement.






Mis à jour le 14 février 2008 à 10:27