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2009 : L'Heure bleue : Changement climatique, énergies de la mer et biodiversité > Table Ronde 4 – De l'information à la décision politique  >  Président

Président

Réza Salami Conseiller Général du Finistère chargé de l’enseignement supérieur et de la jeunesse, maire adjoint de la ville de Brest, chargé des affaires internationales.

Biographie :

SALAMI Réza

Compte rendu :

Regardez la vidéo de l'intervention sur canalc2.tv : cliquez ici.

[j]Transcription :

Transcription :

15 octobre 2009 Table ronde 4


Discours de Réza Salami :

(transcription sous réserve de validation)

Sylvie Andreu : J’appelle Réza Salami le premier intervenant et le président de cette matinée. Vous avez quitté votre pays, l’Iran, et vous êtes installé à Brest depuis 1986. Vous avez obtenu une maîtrise d’ethnologie en mars 2008. Elu Conseiller général en charge de la jeunesse et de l’enseignement supérieur, vous êtes également adjoint au maire de Brest en charge des relations internationales et du quartier du Centre. Vous allez donc ouvrir cette table ronde intitulée « de l’information à la décision politique ». C’est vrai que l’information n’est pas toujours aisée à faire passer et que la décision politique n’est pas toujours facile à prendre.

Réza Salami : Merci de m’accorder ce temps pour parler d’un sujet tellement globalisant qu’aujourd’hui il touche tout le monde sur cette planète. Je suis né en Iran et, à chaque fois qu’on me parle de développement durable, je pense à une histoire que j’ai lue dans ma jeunesse. Si vous me le permettez, je la raconte en quelques mots. C’est l’histoire d’un roi de l’empire Perse qui, à cheval avec ses vizirs et ses conseillers, se déplaçait d’une ville à une autre. A un moment, il est interpellé par l’image d’un vieillard en train de planter des noyers dans sa ferme. Le roi dans sa grande sagesse s’approche, reste à cheval, et dit à cet homme « Mon père, vous savez que vous êtes en train de planter des noyers ». « Oui », lui répond le vieillard. Le roi lui dit « Vous savez que les noyers mettent 10 ans avant de donner les premiers fruits. Vu votre âge certain, je vous conseille de planter d’autres arbres fruitiers dont vous serez bénéficiaire de votre vivant. » Le vieil homme dans sa grande sagesse lui répond « D’autres ont planté et nous avons mangé, nous plantons pour que d’autres puissent manger ». Je pense que cette histoire raconte partiellement une des problématique du développement durable. La thématique qu’on va traiter ce matin c’est « comment passer de l’information à la décision politique ? ». En somme, comment passer à des décisions véritables sans rester dans les incantations qui sont souvent lettres mortes ? Certes, il est difficile pour les élus de vouloir faire plaisir à tout le monde, de respecter les conformismes des uns et des autres et à la fois de défendre ses idées avec force et caractère et dessiner les tracés qui devraient être menés pour un avenir meilleur, un avenir plus humain. Ceci étant dit, quelle est la problématique et d’où vient le problème ? L’homme des XIIème, XIIIème ou XIVème siècles ne mettait pas en danger la vie de la planète. Aujourd’hui, nous sommes la première génération à avoir la capacité de le faire. C’est un fait assez important. Puisque je suis face à la jeunesse et en tant que Conseiller général à jeunesse, si vous me le permettez, je vais parler de l’avenir qui est lié à la jeunesse en disant que nous sommes aussi la première génération, et c’est un élément important, hors contexte d’une guerre, à préparer pour la génération future une situation moins bonne, plus dégradée. Autrefois, si vous étiez né dans une famille où les parents étaient cadres, travaillaient à la banque ou ouvriers, vous pouviez avoir l’utopie, ou le plaisir, ou la concrétisation d’un rêve meilleur. Aujourd’hui, cet avenir est vraiment incertain. Cela a pour conséquence, les inquiétudes, les stress qu’on voit comme symptômes chez beaucoup de jeunes notamment dans les pays occidentaux. Qui parle des pays occidentaux, parle aussi de la responsabilité de ces pays les plus riches de mettre en péril l’avenir de la planète. D’où l’interrogation qu’on pourrait avoir à juste titre « Pourquoi les autres devraient payer les pots cassés pour nous ? ». C’est une double peine. Je pense que l’avenir passera par la découverte de clés qui nous permettront de sortir de la situation actuelle. Depuis que nous nous sommes outillés des clés nous permettant de produire davantage, je fais allusion à la révolution industrielle à la fin du XVIIIème siècle en Europe, nous nous sommes munis des appareils, des outils qui nous ont permis d’avoir une capacité extraordinaire de production. Or les idées humanistes, le libéralisme, le marxisme par la suite ont mis l’homme au cœur de la société et au cœur de nos problématiques. En quelques décennies, on en voit les conséquences. Aujourd’hui, à force de produire, nous allons épuiser les réserves de notre planète et on la met en danger. Nous, les européens, les occidentaux, les pays riches, sommes à la genèse de ces problèmes. Peut-on continuer à se recroqueviller sur cette idéologie où la consommation est reine, où les nouveaux temps, les nouvelles églises de nos sociétés deviennent les grandes surfaces ? Peut-on continuer à aller dans cette voie-là ? Ou doit-on trouver un concept nouveau ?

Sylvie Andreu : Vous ne trouvez pas qu’il y a déjà un léger recul par rapport à l’époque que vous décrivez ?

Réza Salami : Effectivement, je pense qu’il y a une prise de connaissance et une prise de conscience. La prise de conscience peut nous amener à nous dire que notre avenir est véritablement mis en jeu. Je m’adresse aux jeunes en leur disant de ne pas laisser cette situation se dégrader davantage.

Sylvie Andreu : Quelles sont les raisons d’espérer que vous leur donnez ?

Réza Salami : J’espère qu’ils vont vieillir dans des conditions au moins aussi bonnes que les nôtres. C’est le rôle de la jeunesse de nous interpeller et d’interpeller surtout celles et ceux qui prennent les décisions. Je suis très content de voir que les sociétés pyramidales sont de plus en plus mises à mal. Et nous sommes davantage orientés vers des sociétés horizontales. Regardez dans notre période de jeunesse, nous allions en boîte de nuit, aujourd’hui, les jeunes créent les nuits de boîte. Et les boîtes sont les centres-villes. C’est une autre forme de vie. Je ne veux pas prendre partie pour dire si c’est mieux ou moins bien. Je ne fais que des constats. Aujourd’hui, le mode de vie pyramidale est fini. C’est-à-dire qu’on ne peut pas laisser un homme d’un grand âge prendre seul la décision pour toute la planète ou pour tout un pays. Je pense à beaucoup de personnes un peu partout dans le monde. Force est de constater que depuis 1789, en France, nous avons une histoire mouvementée. La loi de la laïcité heureusement a été votée, on a compris qu’il ne faut s’attaquer uniquement aux biens matériels, mais aussi à la conscience publique. Nous avons réussi à bâtir la République. En même temps, je veux citer la libération de l’information ; la loi qui a été prise sous Giscard d’Estaing en 1978, a libéré une énergie. Il y a également la loi de décentralisation en 1982 sous François Mitterrand et la loi de février 2002 qui ont inventé, dessiné la démocratie participative dans notre pays.

Sylvie Andreu : Vous dîtes donc que l’information circule.

Réza Salami : Oui, l’information circule de plus en plus avec l’avancée des nouvelles technologies. Je pense qu’on est dans un monde nouveau. Au moment de la révolution industrielle, nous étions toujours dans un monde bidimensionnel sur le plan philosophique. Nous entrons aujourd’hui, à mon avis, dans un monde tridimensionnel. L’informatique a inventé un nouveau monde. Si nous étions autrefois entre l’imaginaire et le réel, aujourd’hui, nous avons l’imaginaire, le réel et le virtuel. Ce dernier étant un peu de réel et un peu d’imaginaire.

Sylvie Andreu : Ma dernière question. Ce réchauffement climatique, dont justement l’information parle tous les jours, est-ce que c’est suffisant ? Est-ce l’information n’a pas ses limites ?

Réza Salami : Je pense que c’est un débat philosophique que vous soulevez. Effectivement, on peut mettre des limites à tout. Aujourd’hui, justement, la thématique principale du développement durable, c’est de montrer les limites et les finalités de l’activité humaine. C’est important : réfléchir global, agir local. Sans cette réflexion générale, on ne peut pas avoir véritablement d’actions bénéfiques à l’échelle locale. Le fait est que, de plus en plus, les gens prennent part à cette gouvernance mondiale. Puisque le développement durable est un concept globalisant aux contours extrêmement flous, nous n’arriverons jamais à faire passer cette action si le peuple ne le partage pas. C’est-à-dire que, vous et moi, tous les jours, nous devons agir par des actions de tri sélectif, de solidarité internationale, d’attention à l’eau… Toutes ces actions participent à la création d’un nouveau concept et nous arriverons à faire en sorte que les besoins d’aujourd’hui, ne mettent pas en péril les besoins de demain.
En conclusion, je dirais juste qu’il va falloir qu’on prenne conscience qu’on ne peut plus produire à l’infini sur une planète définie. C’est véritablement terminé.




Mis à jour le 22 juillet 2010 à 13:51