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2009 : L'Heure bleue : Changement climatique, énergies de la mer et biodiversité > Table Ronde 5 – Economie et financement des énergies renouvelables de la mer >  Intervention d'Alain Clément

Intervention d'Alain Clément

Directeur du Laboratoire de mécanique des fluides, Ecole centrale de Nantes

Biographie :

CLEMENT Alain

Compte rendu :

Regardez la vidéo de l'intervention sur canalc2.tv : cliquez ici.

Transcription :

16 octobre 2009 Table ronde 5


Discours d'Alain Clément :


Brigitte Bornemann-Blanc : Nous, nous pensons clairement que les énergies renouvelables de la mer doivent exister. Elles doivent exister dans votre économie et sur un territoire limité qui est celui du littoral. Ce qui veut dire aussi que c’est une recomposition de l’aménagement du territoire et probablement une recomposition de la façon de penser. Je vais vous présenter quelqu’un qui peut vous apporter des informations et vous convaincre que ces émissions et ces informations sont réalistes. C’est-à-dire que ces informations devraient peut-être rentrer dans votre schéma de pensée et dans votre modèle économique. Alain Clément est à la fois le directeur du laboratoire de mécanique des fluides de l’Ecole Centrale de Nantes – Pays de la Loire et responsable du groupe de recherche et de formation d’IPANEMA pour les énergies renouvelables. Ce groupe est en train de mettre en place le réseau et de rassembler les forces vivantes de la formation et de la recherche dans ce domaine. Il peut vous apporter quelques éléments d’information.

Alain Clément : Pour simplifier, je me place comme un développeur potentiel de technologies d’énergie marine. Nous n’avons pas la même vision et parfois pas les mêmes chiffres. Juste un mot sur les chiffres donnés par Monsieur Gauthier. Par exemple pour le marché en 2020-2030, on peut en trouver de très différents concernant les énergies marines dans d’autres sources comme les études de la communauté européenne en 2007 où, par exemple, en terme d’énergie marine « wave and tide » le chiffre est 10 fois supérieur à celui indiqué c’est-à-dire 121 TW/h/an à la place de 12. Je ne l’invente pas non plus. Tout ça prouve que dès qu’on cite des chiffres, on peut trouver le contre expert qui va donner le contre chiffre. Une autre remarque, comme cela a été dit en introduction, les économistes ont l’habitude de se contredire assez souvent, d’une année sur l’autre et j’aurais tendance à prendre un peu de recul par rapport aux projections en 2020-2030 basées sur vos modèles. Un peu comme si on allait continuer après la crise climatique comme avant. Je n’entends rien sur une prise de conscience globale de la nécessité de changer quelque chose. J’ai observé cela en discutant avec des financeurs potentiels de nos systèmes qui nous opposent souvent des niveaux de prix basés sur des projections comme si, au niveau des énergies fossiles, on allait continuer le même modèle. Je préfère donc regarder les projections avec prudence parce qu’il y a énormément d’hypothèses là-dessous et que je crois qu’on est dans une rupture où les hypothèses sont bousculées. Donc je suis très prudent sur les projections.
Je voudrais réagir justement sur le dernier point abordé dans la discussion. Effectivement avec des raisonnements de financeurs – vous faites très bien votre travail, on essaie de faire bien le nôtre – aujourd’hui on arrive à bloquer des projets de développement technologique comme les nôtres, On me dit qu’on pourra développer nos projets d’énergies propres si nous arrivons à les rendre moins chers que les énergies sales. En une phrase, voilà ce qu’on nous oppose. Si on a toujours ce challenge devant nous et si du côté des énergies traditionnelles fossiles, ou celles qui y sont liées, il n’y a pas une rupture de modèle et une incorporation dans le coût de la « saleté », de toutes les externalités, évidemment, on n’y arrivera pas. Je sais que c’est de bonne foi de la part des financiers qui ne peuvent pas financer quelque chose qui n’est pas rentable. Si on reste sur ce schéma, vous avez raison, on n’y arrivera pas. C’est conceptuellement très simple et tout le monde peut le comprendre.
Mon dernier point est pour donner des chiffres et des modélisations d’économie globale. Effectivement, nos technologies ne sont pas matures. Aujourd’hui, on est dans ce que les anglais appellent « la death valley », il faut qu’on traverse la vallée de la mort financière pour mettre nos technologies à maturité. Mais qu’est ce que ça représente à l’échelle des technologies marines ? Aujourd’hui, il y a un fonds démonstrateur de l’Ademe qui est très modeste par rapport à d’autres formes d’énergies. Nous, nous parlons de prototype démonstrateur pour une filière. Avec un budget entre 10 et 20 millions d’euros, on atteint la démonstration dans l’une de ces filières. Donc par rapport aux chiffres que vous avez montrés, on est très loin derrière. Je crois qu’il faudrait avoir ça à l’esprit. Il faudrait donner une chance à ces technologies pour qu’elles atteignent la maturité, ça ne coûterait pas cher.
J’attends votre réponse sur le sale et le propre.

Jean-Michel Gauthier : Je suis très intéressé par votre point de vue et je suis très surpris que vous nous voyez en confrontation parce que, précisément, je souscris complètement à ce que vous venez de dire. J’en voudrais pour preuve le fait que je n’ai pas du tout dit qu’il fallait que les énergies propres soient moins chères que les énergies sales. Je n’ai pas du tout dit que les énergies sales étaient bon marché. J’ai dit exactement le contraire. Quand j’ai montré la courbe de mérite des sources pétrolières, j’ai bien dit que, à mesure qu’il fallait rechercher des volumes de pétrole dans des structures géologiques plus complexes à prospecter, le coût technique montait et dégageait une rente pétrolière. J’ai expliqué comment cette rente historiquement avait rendu possible le développement de la filière nucléaire qui est propre comparée au pétrole. Il n’est pas juste de dire qu’il faut, pour réussir, que les énergies propres soient moins chères que les sales. C’est le contraire qui se produit. Les énergies propres sont nécessairement moins chères que les sales. Si ce n’était pas le cas, on n’aurait jamais eu de filière nucléaire en France et on n’aurait jamais eu d’industrie gazière dans le monde. Le gaz est beaucoup plus propre que le pétrole : 1 MW/h produit à partir de gaz émet une demie tonne de CO2 dans l’atmosphère, 1 MW/h produit à partir de pétrole ou de charbon émet une tonne de CO2 dans l’atmosphère. Le gaz est devenu compétitif à très grande échelle dans le monde précisément parce qu’il était plus propre.

Brigitte Bornemann-Blanc : Une question à Alain Clément. On parle d’énergie mécanique avec le type d’énergie de la mer qu’Alain a développée. Est-ce que vous pourriez nous dire quels sont les types d’énergies de la mer qui vont exister dans 30 ans ?

Alain Clément : Il faut que je fasse le visionnaire. Les énergies qui se sont développées le plus depuis la fin des années 1970, le début des années 1980 au niveau de la recherche sont celles qui exploitent l’énergie des vagues et des courants de marée (hydrolienne et marémotrice). C’était vrai jusqu’à l’arrivée de l’éolien offshore pour lequel on a adapté une technologie terrestre que l’on a d’abord placé à 100 mètres du rivage. Puis, parce que ça marchait, on est allé un peu plus loin et on a développé l’éolien offshore posé. C’est la technologie mature aujourd’hui, classée dans les énergies de la mer, qui pourrait contribuer majoritairement aux 6000 MW prévus. Depuis très peu de temps, effectivement, l’éolien offshore sur support flottant s’implante rapidement. En trois ans, on a vu beaucoup de projets. Il faut les expertiser, il faut prendre un peu de recul. L’argument technique c’est que, en France, il y a une volonté politique de développer l’énergie marine. Mais la technologie de l’éolien offshore posé n’est pas très adaptée à notre pays où les fonds descendent beaucoup plus rapidement que dans les pays du nord. Donc il y a une nécessité de développer cette technologie flottante, susceptible d’ouvrir le marché. Je suppose que c’est pour ça qu’elle a du succès.
Peut-être encore un autre point technique en réponse à ce que j’ai entendu tout à l’heure. Je pense que si on la développe sérieusement, et visiblement DCNS a l’air de s’y intéresser, l’énergie thermique des mers (ETM) peut fournir la base c’est-à-dire que, comme le nucléaire, elle peut travailler à régime nominal 24h/24, 365 jours/an. Il y a donc au moins une énergie marine qui peut faire la base. Évidemment, là encore, on n’est pas à maturité, on en est au démonstrateur. Aujourd’hui, en France, nous avons un fonds démonstrateur qui devrait, je l’espère, financer cette installation et tout pourrait aller vite parce que le champ d’exploitation à l’échelle globale est immense.
Voilà des technologies que j’appelle propres.
Il est très difficile de fixer un horizon en terme de date. Cela dépend de l’effort financier qui sera mis sur la R&D. Mais encore une fois, je le redis, cet effort financier me semble modeste par rapport aux enjeux. Évidemment, il y a un risque, mais vous connaissez ça par cœur.
Vu de notre secteur, il semble qu’on apporte au financeur quelque chose. Quand je parle des projets et des difficultés qu’on a à financer nos projets en France, on me conseille d’aller au Quatar, d’aller à Abou Dabi où je serais immédiatement financé. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Jean-Michel Maingain : Vous êtes un dossier relativement banal. Toutes les technologies ont éprouvé, dans l’histoire du développement économique, ce genre de difficultés. Il est vrai qu’aujourd’hui, la problématique est qu’il faut aller vite parce qu’on est tous conscients que la planète a des ressources naturelles limitées, mais il y a surtout la pollution qui nous empêchera un jour peut-être de respirer. Le problème est bien là et même les financiers ont compris ça. Donc c’est une course de vitesse pour le développement de vos projets sur le plan technologique qui permettrait d’obtenir la rentabilité que nous attendons. C’est ce que j’ai évoqué tout à l’heure. La solution est peut-être dans la mesure de la rentabilité qu’il faudrait probablement modifier en y intégrant des éléments négatifs de l’activité industrielle. Il y a quelques personnes spécialistes de la gestion ISR qui évoquent ce sujet-là, mais c’est très compliqué parce que c’est un problème comptable et surtout de cohérence internationale et ce n’est pas gagné.

Alain Clément : C’est exactement ce dont je parlais tout à l’heure en parlant de « sale » et de « propre ». Ce sont les externalités, par exemple envoyer du CO2 dans l’atmosphère, qu’on ne compte pas aujourd’hui et non pas le coût d’aller extraire du pétrole de plus en plus profond. Vous parliez du charbon propre, il y a une différence énorme entre faire du charbon traditionnel ou faire du charbon propre. Faire du charbon propre, ça a un coût, donc le coût du « sale » pourrait être intégré en négatif.





Mis à jour le 12 novembre 2009 à 10:09