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Le littoral vu par les jeunes
Les webtrotteurs des lycées Vauban et Kerichen sont allés à la rencontre des jeunes des écoles de Ouessant et du Conquet et leur ont posé une question simple : Pour toi, qu'est-ce que le littoral ?

Visionnez les réponses des jeunes :
- Ecole Sainte Anne à Ouessant
- Ecole Saint Joseph au Conquet



2005 : Le littoral et les avancées scientifiques > TR 2 : Un territoire sous pression  >  Information géographique sur le littoral

Information géographique sur le littoral

Françoise Gourmelon, Chercheur au CNRS, Responsable de l’équipe Géomer de l’UMR 6554 CNRS

Biographie :

GOURMELON Françoise

Compte rendu :

Voir la vidéo de Françoise Gourmelon


Transcription :

7 octobre 2005 TR2


Discours de Françoise Gourmelon

LA GEOMATIQUE AU SERVICE DU LITTORAL : ETAT DE L’ART ET PERSPECTIVES


La zone côtière est un espace complexe et vulnérable où se déroulent de multiples activités humaines et où interviennent des événements météo-marins parfois paroxysmaux. Ces deux éléments combinés sont à l’origine de risques naturels et anthropiques importants. Cette prise de conscience internationale s’est traduite dans les années 1970 par le concept de Gestion Intégrée de la Zone Côtière (GIZC) qui se heurte à un certain nombre de difficultés de mise en œuvre liées notamment à la complexité de l’objet (le système côtier) et aux méthodes adaptées à son analyse.

Ce qui peut paraître paradoxal car dans le même temps, des progrès considérables ont été réalisés dans le domaine de la géomatique. La géomatique est une approche transversale aux sciences de l’environnement qui s’appuie sur des possibilités d’acquisition, de traitement, de représentation et de modélisation des données géographiques. Elle regroupe ainsi la géodésie spatiale, la télédétection, la photogrammétrie qui produisent des données spatiales (points de mesure, images… acquises à des fréquences et à des échelles de plus en plus fines) et les Systèmes d’Information Géographique (SIG) qui permettent de replacer dans un cadre cohérent les données acquises par ces méthodes, de les analyser et de les cartographier.
Malgré ce contexte technologique, a priori des plus favorables, il apparaît que l’utilisation de ces méthodes géographiques, bien adaptées aux espaces strictement terrestres, est plus problématique sur le littoral et cela pour au moins trois raisons :
• le peu de données et/ou l’éparpillement des données disponibles,
• la complexité du système côtier avec ses interfaces et ses échelles multiples,
• la diversité des acteurs qui expriment des besoins non moins divers.
Tout cela concoure à des blocages quant à l’utilisation de la géomatique en zone côtière.


1. L’information géographique. Si l’on se focalise sur le cas français, cette situation de carence et/ou d’inadéquation de l’information avec les besoins est apparue fin 1999 lors des évènements « Erika » et « tempêtes exceptionnelles ». A cette occasion, des besoins d’information spatiale sont formulés par la société civile mettant en évidence des lacunes et des difficultés à réunir des données acquises à différentes échelles selon des systèmes de classification et des protocoles incompatibles et par des organismes différents. Cette situation démontre la nécessité de coordonner un effort national en faveur de l’information géographique. Dès 2000, l’Etat va donc proposer un certain nombre d’actions, parmi lesquelles on peut citer :
• La production d’une « ortholittorale » (imagerie aérienne acquise par l’IGN sur le littoral atlantique à marée basse et téléchargeable sur Internet).
• La mise en place de l’Observatoire du Littoral dont la mission est notamment d’assurer une veille technologique dédiée au suivi du littoral (implication dans l’appel à propositions CNES/IFEN visant à tester les potentialités du satellite Spot 5 pour le suivi du littoral).
• …
Ces initiatives sont intéressantes car elles proposent des données susceptibles d’alimenter des SIG littoraux qui fournissent des représentations actualisées de divers processus. On peut s’interroger néanmoins sur les modalités et le calendrier de réactualisation…

2. Le deuxième frein à l’utilisation de la géomatique est dû à la complexité du système côtier. Comment comprendre le fonctionnement d’un système composite, multi-échelle et surtout aussi dynamique ? L’introduction du temps complique énormément la tache et on s’oriente actuellement vers le couplage entre les SIG (composante spatiale) et la modélisation (composante temporelle). Ce qui offre des pistes de recherche intéressantes impliquant de décloisonner non seulement les outils mais aussi les disciplines académiques. Car pour comprendre le fonctionnement du système et simuler ses possibles évolutions, il est nécessaire de mettre en commun les approches, les compétences et les données. C’est cette méthode qui permettra de simuler, par exemple, le déroulement dans le temps et dans l’espace d’activités humaines régies par des contraintes réglementaires, météorologiques, écologiques, économiques, sociologiques… de manière à mettre en évidence les conflits potentiels entre activités et la pression qu’elles exercent sur le milieu.

3. Enfin le troisième challenge est humain. En effet beaucoup d’individus et d’institutions sont impliqués dans la production et dans l’utilisation de l’information géographique en zone côtière. Or le partage de l’information nécessite un minimum de normalisation et de coordination. Divers organismes compétents sur la zone côtière produisent de l’information géographique et la même information (même thème, même site) peut être produite par plusieurs organismes, conduisant à des versions parfois incompatibles. A ce niveau un effort de normalisation, actuellement en cours (cf définition du Référentiel Géographique Littoral), est la seule voie qui permettra à terme de faciliter la tâche des utilisateurs et de rationaliser les efforts consentis.

Négociation, gestion participative, bonne gouvernance, analyses prospectives sont des approches pouvant probablement aider à la mise en œuvre opérationnelle de la GIZC. Les technologies de l’information géographique peuvent y contribuer à condition que des recherches actives soient menées, tant dans le domaine conceptuel que dans celui des applications thématiques. A condition aussi que l’ensemble des acteurs, du politique à l’utilisateur en passant par le chercheur, en ait la réelle volonté.






Mis à jour le 22 janvier 2008 à 10:05