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Le littoral vu par les jeunes
Les webtrotteurs des lycées Vauban et Kerichen sont allés à la rencontre des jeunes des écoles de Ouessant et du Conquet et leur ont posé une question simple : Pour toi, qu'est-ce que le littoral ?

Visionnez les réponses des jeunes :
- Ecole Sainte Anne à Ouessant
- Ecole Saint Joseph au Conquet



2005 : Le littoral et les avancées scientifiques > TR 4 : Politique, droit et gestion du littoral >  SPICES : du réseau vers le projet intégré

SPICES : du réseau vers le projet intégré

Denis Bailly, Directeur adjoint, Centre de Droit et d’Economie de la Mer, Université de Bretagne Occidentale

Biographie :

BAILLY Denis

Compte rendu :

Voir la vidéo de Denis Bailly


Transcription :

8 octobre 2005 TR4


Discours de Denis Bailly


Je voudrais vous donner ici un aperçu de comment se discute et se planifie ce qui pour nous, chercheurs, est au quotidien le cadre dans lequel nous montons des projets pour mobiliser des financements européens.

Je vais vous présenter un projet qui s’appelle SPICES (Science and Policy Intégration for Coastal Ecosystem Sustainability) et qui est la réponse d’un grand nombre d’équipes de recherche européennes à ce que monsieur Deybe vient de présenter, à savoir ce qu’on appelle le « topic », ou le « petit sujet » présenté sous forme de quelques lignes dans le programme de travail de la sous priorité « changement global et écosystèmes » du 6ème Programme Cadre de Recherche de la Commission Européenne. Il s’agit très directement des problèmes de gestion intégrée des zones côtières. Je voudrais vous raconter l’histoire de ce projet pour vous montrer la réalité du processus par lequel la recherche se construit en réponse aux sollicitations de la Commission – avec à la clef, bien évidemment, les financements.

Le 6ème programme cadre de recherche que nous a présenté monsieur Deybe a été lancé en 2001 par la Commission Européenne et il l’a été, pour une fois, de manière relativement interactive avec les communautés scientifiques. Il y a eu tout d’abord le processus habituel de concertation entre les autorités nationales et les instances européennes, après quoi on a demandé aux chercheurs de proposer des idées de recherche. C’est ce que l’on nomme un appel à manifestation d’intérêts. A l’issue de ces consultations (fin 2001), un programme de travail a été présenté par la DG Recherche de la Commission Européenne et validé par diverses instances consultatives. La gestion intégrée des zones côtières (GIZC) est ressortie dans la priorité thématique « développement durable, changement planétaire et écosystèmes ». C’est une reconnaissance importante de cette thématique qui n’avait pas eu de place dans les précédents programmes. Il était alors demandé de former un réseau – ce qu’on appelle un réseau d’excellence, soit un réseau de chercheurs – sur cette thématique de la gestion intégrée des zones côtières. Nous nous sommes donc mis en disposition. Plusieurs porteurs de projets qui avaient répondu à la manifestation d’intérêts sur des questions aussi diverses que l’aquaculture, la pêche ou l’environnement en zone littorale se sont regroupés pour former un réseau. Nous avons constitué un réseau de 450 chercheurs provenant d’universités, d’instituts de recherche publics et de bureaux d’études privés, originaires de 25 pays et représentant toutes les disciplines. L’idée était de répondre à la question : « Comment renforcer l’intégration des connaissances scientifiques dans les processus de décision en matière de gestion intégrée des zones côtières ». Ce projet a un nom, il s’appelle SPICES – pour, en français, « intégration des connaissances scientifiques et des politiques publiques pour une gestion durable des écosystèmes côtiers ». Pour déposer ce projet à l’Europe, il nous a fallu attendre que le topic du programme de travail soit ouvert à l’occasion d’un appel à propositions. Le topic GIZC n’a pas été ouvert dans le cadre des deux premiers appels (2002 et 2003). Nous avons donc du attendre un petit peu et, en 2004, il y a eu le troisième appel à propositions de cette priorité thématique qui a ouvert le thème de la GIZC. Il ne s’agissait alors plus de constituer un Réseau d’Excellence mais un Projet Intégré (PI), soit un instrument (type de projet) totalement différent. La Commission indiquait ainsi qu’elle souhaitait, plutôt qu’un réseau de chercheurs, un consortium d’équipes de recherche travaillant sur la mise au point d’outils d’aide à la décision pour l’évaluation intégrée des stratégies en matière de développement durable des zones côtières. Il s’agit dès lors d’élaborer des outils génériques intégrant les dimensions économiques, environnementales et sociales au service de l’analyse de scénarios prospectifs. Le réseau SPICES s’est transformé en une proposition de projet intégré. Nos deux axes principaux de travail sont l’élaboration d’outils d’intégration des connaissances scientifiques pluridisciplinaires et le développement d’outils d’aide à la communication entre les acteurs, parties-prenantes, experts, décideurs et scientifiques. Il s’agit de faciliter les démarches participatives autour de scénarios alternatifs de développement pour une meilleure intégration des connaissances scientifiques dans les choix qui seront fait au nom du développement durable. Nous voulons contribuer à l’intégration des recherches en sciences sociales et en sciences de la nature pour faire évoluer la gouvernance des littoraux en facilitant des approches participatives. Les alternatives de développement mises en débat doivent être moins un produit politico-technocratique et plus un objet de débat social, tant au niveau du choix des scénarios à étudier que de l’évaluation participative de ces scénarios ; ceci en mobilisant plus et mieux les connaissances scientifiques disponibles.

Le développement des outils intégrateurs des connaissances scientifiques est un enjeu important. On l’a dit souvent – mais c’est une réalité très forte encore – la connaissance scientifique est éminemment segmentée. Et quand on a une exigence européenne qui est une exigence des sciences au service des politiques publiques, il y a un fossé qui rend la communication très souvent impossible. La science que nous produisons est souvent inutilisable dans le processus réel, quotidien, de l’élaboration, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques publiques – et je suis économiste mais ceci est valable pour un chimiste, un physicien ou un écologue. Nous voulons donc mettre autour de la table une communauté scientifique pluridisciplinaire qui se donne comme objectif de construire des interfaces facilitant l’intégration de nos connaissances pour faire ce que demande la Commission, à savoir une évaluation de ce que vont avoir comme impact ou de ce que coûtent différentes options de politique d’aménagement ou un certain nombre de choix de base en matière de scénarios pour le futur. Et il ne nous est pas seulement demandé d’intégrer nos connaissances, mais aussi de rendre les résultats de cette intégration communicables avec les acteurs de la concertation, avec les acteurs de la prise de décision et avec les acteurs du suivi et de l’évaluation des politiques. C’est, je pense, un défi que nous lance la Commission et, bien évidemment, nous sommes prêts à le relever si on nous en donne les moyens. De manière corollaire, le but est de développer des bases de ressources pour les chercheurs et tous les autres experts impliqués dans la gestion intégrée des zones côtières afin de partager l’existant et en le rendant largement accessible. Une autre des exigences de base du programme cadre est de contribuer au développement des formations initiales, de la formation continue et à l’éducation du public dans le domaine de la GIZC.

Nous en sommes encore à l’étape du montage et de la soumission du projet. L’intérêt d’en parler ici était bien évidemment de répondre à la Commission Européenne en disant : « Il y a une communauté scientifique qui est prête à relever le défi ». L’autre intérêt est de faire savoir que l’initiative du montage de ce projet revient au pôle brestois, associant deux organismes au titre de sa coordination, l’IFREMER pour la coordination administrative et l’UBO pour la coordination scientifique.

Je vais maintenant vous dire l’état d’avancement du projet. Nous avons soumis notre proposition en 2004 et elle a été très bien évaluée, puisque nous avons été le seul projet sur 13 présentés dans le domaine de la GIZC à passer l’évaluation scientifique. Malheureusement pour nous, le budget alloué à l’ensemble de l’appel n’a pas permis que nous soyons financés suite à un processus d’interclassement des différents topics de l’appel. la Commission a ouvert en 2005 un quatrième appel dans lequel elle a réintroduit la thématique, ce qui montre bien l’importance que donne la Commission Européenne à ces enjeux de gestion intégrée des zones côtières. Nous avons donc profité de cette année supplémentaire pour améliorer notre proposition qui a été déposé cette fois sous le nom de SPICOSA (Science and Policy Integration for Coastal System Assessment). Nous aurons la réponse dans quelques mois. Nous saurons au mois de mai prochain si nous sommes éligibles aux fameux 10 millions d’euros proposés par l’Europe sur la ligne GIZC au sein des 40 à 50 millions qu’évoquait monsieur Daniel Deybe pour la thématique de l’aménagement du territoire.

Ce que je vous ai présenté là, c’est ce qui se passe en matière de financement de recherche dans l’état actuel du dispositif qui, vous l’avez vu, sera légèrement modifié au cours des années à venir dans le cadre du 7ème PCRD. Mais il y a en Europe d’autres instruments financiers, et il y a en particulier ce qui s’appelle les programmes « interreg », ou « inter-régions ». L’Europe est divisée en grands secteurs géographiques, et il y a des financements au titre des fonds dits « structurels » pour financer des travaux beaucoup plus de terrain, beaucoup plus intégrés, où les décideurs, les acteurs des politiques publiques et les experts se retrouvent pour essayer de développer, non plus de la recherche appliquée comme c’était le cas précédemment, mais pour essayer de tester sur le terrain la faisabilité des idées et des outils.

(Suite de l’histoire : le Projet Intégré SPICOSA a été retenu pour financement par la Commission Européenne en mai 2006 et débutera effectivement en février 2007 après 5 années de préparation)





Mis à jour le 22 janvier 2008 à 15:00