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Récifs de coraux profonds: menaces sur les richesses biologiques en grands fonds

Andy Wheeler, Docteur au Departement of Geology and Environment Research Institute, University College, Cork (Irlande)

Biographie :

WHEELER Andy

Compte rendu :

Voir la vidéo de Andy Wheeler


Transcription :

8 novembre 2003 TR4


Discours de Andy Wheeler



Je voudrais vous parler des coraux profonds présents dans les eaux européennes et non dans les eaux tropicales et qui, supportant des températures très froides et se développant à une profondeur de 1 000 mètres, sont aujourd’hui menacés par l’industrie de la pêche. Lorsque l’on parle de coraux, la plupart des gens pense à ceux des eaux tropicales chaudes et peu profondes où la présence de la lumière permet aux algues avec lesquelles ceux-ci cohabitent de se développer. Cependant, on peut trouver des coraux dans des eaux plus hostiles au nord-est de l’Atlantique, mais dans ce cas, ils sont présents à des profondeurs bien plus importantes de l’ordre de 1 000 mètres à un kilomètre sous la surface de la mer et n’entretiennent pas de relations avec les algues et n’ont ainsi aucun besoin de lumière. Ils peuvent se développer dans un environnement sombre qui affiche des températures variant de 4 à 12 degrés celsius.
Ces coraux européens ont été le centre d’intérêt de la recherche internationale qui a contribué à mobiliser non seulement les plates-formes de recherche de très nombreux pays, mais également à réquisitionner de l’équipement tels que des submersibles robotisés et notamment le submersible français le « Victor » qui nous a permis de descendre jusqu’à des profondeurs nécessaires pour une observation détaillée et un déploiement d’équipement permettant de surveiller ces écosystèmes. Il existe également un projet concernant la mobilisation d’une plate-forme de forage portable allemande qui pourrait faire des prélèvements au cœur des récifs, ce qui nous permettrait de connaître l’histoire de leur développement. Ces coraux ne constituent pas une espèce isolée, il en existe partout dans le monde : dans l’océan Arctique, le long de la plupart des côtes maritimes, dans les fonds marins et également au niveau de la dorsale médio-atlantique.
On trouve dans les eaux européennes une concentration d’une espèce particulière de corail appelée Lophelia pertusa. Cette espèce apparaît au large de côtes françaises, des côtes irlandaises où j’ai pu les étudier, mais également en Norvège où la température de l’eau est bien plus froide et où ces coraux se développent dans des eaux peu profondes. On peut les trouver dans les fjords norvégiens où ils s’accommodent des flux d’eau douce.
Ces coraux sont non seulement communs au large des côtes européennes, mais ils y sont également présents depuis des centaines voire des milliers d’années. Au cours de ces années, leurs restes se sont accumulés pour former des collines ou des amas de carbonate atteignant jusqu’à 100 mètres de hauteur. Le plus grand que nous ayons trouvé mesure 350 mètres de hauteur et plusieurs kilomètres de large.
Voici une photo d’une colonie de Lophelia pertusa qui s’est développée au sommet d’un de ces amas. Vous voyez un réseau dense de corail qui sert d’abri aux poissons. De nombreuses espèces cohabitent dans ces communautés de Lophelia pertusa : d’autres espèces de coraux, des crabes, des crevettes et des poissons. Ainsi, nous qualifions ces communautés de coraux de récifs. Même de petites communautés de corail constituent un substrat que d’autres organismes colonisent. Sur cette photo, vous apercevez une plante qui s’est greffée sur un corail qui lui-même sert d’abri aux crabes et aux étoiles de mer. Ainsi, une zone réduite présente une activité biologique toute aussi importante. Même sur ces amas de carbonate, nous trouvons à nouveau différentes espèces de corail, de poissons, d’éponges et autres organismes qui utilisent ces récifs comme abri. Cette photo a été prise à 850 mètres de profondeur. Ces récifs coralliens sont vraiment spectaculaires et tout aussi beaux que ceux présents dans les tropiques. Les récifs abritent également des espèces de poissons destinés au commerce. On peut remarquer que les poissons se font plus nombreux lorsqu’on s’approche de ces amas car la structure de ces derniers leur fournit un refuge efficace.
Ici, vous voyez des bateaux de pêche sur la côte nord de l’Ecosse. Les pêcheurs visent cette région car celle-ci affiche une forte concentration de poissons. Il se trouve qu’elle affiche également une forte concentration de coraux profonds. La vidéo que je voulais vous montrer présentait les dégâts causés sur les fonds marins par la pêche au chalut. Tandis que les réserves de poissons s’épuisent dans les eaux peu profondes, les pêcheurs se déplacent vers des eaux plus profondes et utilisent un équipement bien plus lourd et qui cause des dégâts bien plus importants.
En tant que scientifiques, nous avons commencé à dresser une carte de ces coraux et nous avons constaté que les pêcheurs étaient déjà passés par là. L’impact de l’industrie de la pêche était indéniable. Sur cette photo, vous apercevez un petit récif et à côté de celui-ci, apparaissent des marques laissées par le chalut. Un peu plus loin, vous voyez un ancien récif qui a été aplati par des chaluts et ici vous pouvez distinguer des rainures laissées par les portes du chalut ainsi que de petites traces laissées par le filet lorsqu’il passe par-dessus le récif. On voit également de petits bouts de coraux qui sont tombés dans le sillon du filet après avoir été arrachés. D’une importance moindre mais néanmoins significative est le fait que ces coraux contiennent des morceaux de filets qui sont restés coincés dans les récifs et qui emprisonnent ainsi les poissons.
Nous avons commencé à répertorier ces coraux et comprendre cet écosystème lorsque nous avons découvert de nombreux espaces présentant un panel d’espèces différentes de récifs de corail dont les structures servent d’abri à de nombreux organismes et qui, une fois détruits, ne se recomposeront que sur une période dépassant l’échelle de vie humaine. Nous sommes convaincus qu’il est important de conserver ces écosystèmes, non seulement pour préserver le corail et sa biodiversité, mais également pour protéger les poissons. Si ces écosystèmes sont détruits par les pêcheurs, les réserves de poissons vont probablement disparaître. Ainsi, l’avenir de l’industrie de la pêche en dépend.
La Norvège a interdit la pêche au chalut au large de ses côtes après que 50 % de ses récifs coralliens aient été détruits. Certaines mesures ont été prises aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Australie. L’Europe semble être à la traîne, sans doute en raison des difficultés rencontrées lors des tentatives de négociations politiques entre les différents pays de la communauté. Cette zone de pêche au nord de l’Écosse a été récemment fermée pendant six mois. Cette période de six mois représente une mesure d’urgence qui permet de laisser un peu de temps à la recherche et qui peut, par la suite, aboutir à une fermeture définitive. Les lois décrétées par l’Union européenne et l’instauration de zones spécifiques de conservation sont les principaux moyens pour préserver ces régions.
Sur cette photo, vous apercevez les zones que l’Irlande souhaiterait utiliser en tant que zone d’essais. Cependant, il faut compter environ trois ans avant qu’une loi entre en vigueur, ce qui est vraiment trop long en ce qui concerne les problèmes auxquels nous devons faire face. Je dois faire preuve de prudence ici et je dois vous préciser que ces zones n’ont pas été officiellement proposées, mais que ce sont celles que l’Irlande voudrait voir proposées afin de faire des essais. De nombreuses données fournies par des scientifiques ont été collectées par des groupes tel que le WWF qui a récemment présenté ces données aux ministres européens lors d’un congrès de la convention OSPAR qui, grâce à sa commission chargée de la biodiversité, a déclaré les coraux profonds espèces protégées. OSPAR veille à la santé de nos océans et se charge de la législation les concernant. Plus récemment, ICES (le Conseil Intergouvernemental pour l’Exploration des Mers) est intervenu auprès de l’Union européenne qui, la semaine dernière, a commencé à faire circuler un projet de loi interdisant la pêche au chalut dans les zones coralliennes des eaux froides. ICES et l’Union européenne insistent sur le fait que la protection des coraux profonds est essentielle pour maintenir la stabilité de la pêche en haute mer et l’industrie de la pêche en général. Nous espérons que les preuves récoltées par les scientifiques pourront servir à d’autres personnes afin, d’une part, de préserver ces récifs coralliens et d’autre part, de maintenir l’industrie de la pêche en haute mer ainsi que le bon fonctionnement du marché européen.






Mis à jour le 30 janvier 2008 à 11:30