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1999 : de l’animal à l’homme > TR 2 : L'élevage et la consommation face à la mondialisation >  Discours de Béatrice Marre

Discours de Béatrice Marre

Préfet, députée de l'Oise en charge du rapport sur la préparation de la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Seattle, Chargée de Mission auprès de Jean Glavany

Biographie :

MARRE Béatrice

Compte rendu :

Transcription :


22 octobre 1999 TR1


Discours de Béatrice Marre :


Brigitte Bornemann-Blanc :

Nous arrivons au coeur du débat, comment à travers votre rapport, vous permettez à la France d’aborder les négociations de Seattle ? Pouvez-vous nous donner votre avis et celui de l’Assemblée Nationale sur les déclarations du Président Clinton relatives aux subventions et nous rappeler le but du rapport qui vous a été commandé ?

Béatrice Marre :

L’an passé, il y a eu l’accord de Berlin. J’étais chargée de suivre au sein de la Commission de l’Assemblée Nationale, qui s’appelle la Délégation pour l’Union Européenne, de suivre cette négociation et de proposer à l’Assemblée des positions que le gouvernement serait par la suite amener à défendre. Après la seconde guerre mondiale, l’agriculture européenne était détruite. Ce système a été imaginé par les grands fondateurs de la Communauté Européenne et par le Traité de Rome en 1957, pour donner son autonomie alimentaire à l’Europe et à la France. Cette P.A.C., (Politique Agricole Commune), qui a été bénéfique dans un premier temps, a amené dès les années 70 à de la surproduction. Les agriculteurs se sont mis à exporter pour écouler le surplus de production. Nous sommes entrés sur le marché mondial par le trop beau fonctionnement de la première politique agricole commune. Deux réformes sont advenues par la suite. Celle de 1992 et celle de 1999 (Berlin), qui ont mais pas assez, essayé de rectifier les erreurs qui nous amènent au coeur du problème de la sécurité alimentaire et des dérives d’une agriculture trop productive. L’Encéphalite Spongiforme Bovine, l’E.S.B. , et en écho de l’autre côté de l’Atlantique, en particulier en Amérique latine, les bœufs aux hormones et les l’O.G.M., découlent de ces dérives. Après la seconde guerre mondiale, il y a eu une organisation mondiale, à l’Est et à l’Ouest pour essayer d’éviter tout conflit. Ce sont créées d’autres organisations internationales, un commerce mondial, et il y a eu les cycles de négociations du G.A.T.T. ( General Agreement about Traffic and Trade). Les cycles duraient 7 à 8 ans chacun. Il y en a eu 8, et le dernier qui s’est appelé le cycle d’Uruguay qui s’est terminé par les “accords de Marrakech” et par un accord dit de “Blair-house”, ce dernier qui a eu lieu en 1997 qui a créé en 1994, l’O.M.C., l’Organisation Mondiale du Commerce. Ces accords de Marrakech disaient, on rouvrira un nouveau cycle dès le 1 janvier 2000 sur l’agriculture et les services. Pourquoi un Rapport ? Parce que la majorité dont je fais partie a estimé tout à fait vitale de travailler sur cette question. Parce que l’Union Européenne doit prendre une position commune pour aller négocier à Seattle, conférence réunissant les 134 pays membres de l’Organisation Mondiale du Commerce et qui va décider début décembre 1999 du contenu de la modalité de ce prochain cycle. Nous sommes nombreux à considérer que c’est un cycle tout à fait fondamental, c’est un enjeu de civilisation. Sur le cycle de 1986 en Uruguay nous avons perdu sur les deux domaines de l’Agriculture et de la Culture, parce que l’Union Européenne n’avait pas les moyens ni de combattre seule, ni de rassembler suffisamment de partenaires du cycle commercial pour équilibrer et faire face à la puissance des États-Unis. Cette légitimé d’avoir été le protecteur au lendemain de la guerre a disparu en tous cas en tant que légitimité générale et pouvant s’appliquer à tout. L’Union Européenne de 1999 n’est pas celle de 1986, nous sommes bien plus intégrés même si nos diversités internes se manifestent, nous avons une monnaie unique qui est l’Euro, deuxième monnaie après le dollar. D’ailleurs elles valent presque la même chose ce qui est un signe éclairant sur l’égalité de la puissance que ce sont ces deux entités, l’Amérique et l’Europe. Le cycle précédent avait été un duel, maintenant nous sommes dans un jeu à trois, les U.S.A., l’U.E, et les pays émergents. Même si la mondialisation a eu des effets pour le moins inégaux, enrichis certains et appauvris d’autres, certains ont réussi à émerger. Ce qu’ils disent aujourd’hui : “on ne veut plus être les spectateurs muets devant ce duel”. Et il y a un quatrième acteur, ce sont les opinions publiques et les organisations qui se font leur porte-parole. Nous ne sommes pas dans le même contexte et les craintes que certains ont, de la mondialisation, (qui est la traduction concrète du progrès technique), on peut lui donner une coloration ou une autre, à cause de la domination durant le dernier demi-siècle des U.S.A., elle s’est faite à l’américaine. C’est de ça dont les gens ont peur. Nous voulons peser sur l’O.M.C. lui même, pour dire nous ne voulons plus augmenter le libéralisme mais accroître la réglementation. Les accords du G.A.T.T., utilisons-les pour réglementer. La position de la France et de l’Union Européenne, nous voulons d’abord un cycle global, on ne peut pas nous obliger à signer des accords partiels, on veut un cycle large de négociations, qui inclus des questions comme l’environnement, les normes sociales, la sécurité alimentaire, et le statut même de l’O.M.C.. Organisme jeune, il a quatre ans, il a fonctionné sur notre demande, demande d’un tribunal, qui serait amené à légiférer lorsqu’il y a des accords entre deux pays., cet organe qui produit des panels, cet organe juridictionnel prend en compte les règles établies par les autres organisations internationales, par l’O.M.S., l’Organisation Mondiale de la Santé, la F.A.O., l’ensemble de règles admises par tous en ce qui concerne la qualité des aliments, par l’Organisation Internationale du Travail, l’O.I.T., en ce qui concerne les normes du travail etc... La France et l’E.U., la France est souvent en pointe sur ce sujet, s’accordent à faire un effort en direction des pays en voie de développement parce que selon le principe de l’équité des droits de l’homme, il vaut bien mieux apprendre à quelqu’un de pêcher que de lui donner du poisson. Au contraire les U.S.A. préfèrent donner, voire faire payer plutôt que d’apprendre à faire les filets pour pêcher. C’est à dire les moyens de créer et d’avoir une agriculture autonome. L’exception culturelle, l’E.U. ne cédera pas sur la nécessité de reconnaître le droit aux États d’avoir des politiques spécifiques pour les produits culturels. Quant aux normes sociales, ça consiste à demander de façon très ferme l’application des normes du travail c’est à dire le respect des quatre principes dictés par l’organisation du travail : la liberté syndicale, la non-discrimination, le non travail des enfants et le refus du travail forcé. Nous sommes à la charnière de ce qui relève des droits de l’homme et des droits du travail. Pour en revenir au modèle agricole, il y a un modèle agricole européen, nous voulons maintenir la diversité alors que nos partenaires, les U.S.A., l’Australie et la Nouvelle Zélande, le Brésil, l’Argentine et quelques autres, qui se sont réunis pour défendre leur conception à eux de l’agriculture, qui est de dire il faut faire jouer la concurrence le plus fort possible avec les prix les plus bas possibles de façon à ce que chaque pays se spécialise là où il est le meilleur, ça va à l’encontre de notre sentiment fondamental qui est de garder notre autonomie alimentaire avec un certain nombre de contraintes évidemment, on ne va pas faire du café sur le plateau du Larzac. Le modèle européen agricole, ça existe quand même. Nous voulons avoir un commerce avec ces pays tout en établissant la Loyauté des Échanges, ce que nous voulons rétablir à l’O.M.C.






Mis à jour le 05 février 2008 à 14:46