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Mixité d’usage : mise en œuvre de l’implantation d’éoliennes offshore à Veullettes sur mer Côte d’Albâtre

Philippe Gouverneur, Directeur général France Enertrag France.

Biographie :

GOUVERNEUR Philippe

Compte rendu :

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Transcription :

19 octobre 2007 Table ronde 5


Discours de Philippe Gouverneur

Retour d’expérience pour la création du premier parc d’éoliennes offshore en France


Je vais vous relater notre expérience puisque la réalisation est prévue au mieux en 2008 pour la première rangée et en 2009 pour l’achèvement du parc.

Qui est Enertrag
Enertrag est l’établissement français d’une société allemande orientée à 100% vers les énergies renouvelables. C’est une équipe jeune, je dirai avec malice que je suis le plus vieux, la moyenne d’âge est de 30 ans.
Nous avons des géographes, électriciens, chefs de projets, ingénieurs en environnement, urbanistes. Enertrag France en 2001, c’était moi tout seul. Nous éditons aujourd’hui 23 feuilles de paie. Preuve que l’éolien crée de l’emploi. C’est aussi une équipe sans complexe, nous avons une ambition, la devise d’Enertrag c’est les 3 « E » : Excellence En Eolien. Alors on essaie de tendre vers cette excellence.

Enertrag c’est aussi le premier parc de Midi-Pyrénées, la première ligne électrique privée en France, le premier poste dédié aux énergies renouvelables en Allemagne, un poste de 240 mégawatts raccordé sur le réseau de Vattenfall qui ne traite que de l’électricité d’origine éolienne. En 2008, ce sera la première centrale hybride autrement dit un mélange d’énergies renouvelables – soleil, vent, biomasse - couplée à un média de stockage - hydrogène, eau, air - gérée de telle façon que les défauts ou les imperfections de telle source d’énergie puissent être compensés par l’autre.

C’est le rêve de Jorg Muller, notre patron, qui est un ancien ingénieur atomiste, de promouvoir l’intégration de réseaux d’énergies renouvelables. Nous sommes également en pointe sur la gestion de ces réseaux, uniquement éoliens pour le moment; nous avons un dispatching qui surveille en temps réel plus de 600 machines, donc pas seulement les nôtres, et nous sommes aussi en pointe sur une donnée qui va devenir de plus en plus importante : la prévision. La prévisibilité à J+1, par pas de demi-heure, de façon à donner des éléments aux gestionnaires de réseaux, français ou autres, sur ce qui va se passer demain et leur permettre d’intégrer bien mieux qu’aujourd’hui la production éolienne.

Je voudrais souligner aussi une caractéristique d’Enertrag qui me semble importante : le sens du timing. Le tarif d’obligation d’achat est paru le 10 juin 2001, j’ai été recruté par Enertrag le 8 juin 2001. L’appel d’offre offshore est sorti en 2004. Depuis 2001, nous étudions les côtes françaises. Il est clair que le sens du timing dans les énergies, comme partout ailleurs, est très important.

Un constat sur les énergies primaires
En deux siècles de civilisation industrielle, nous avons à peu près épuisé, et nous allons épuiser, ce que la nature a mis des millions d’années à produire. Nous nous sommes, depuis ces deux siècles, gavés d’énergie abondante et peu chère. Nous mesurons sans doute mal les qualités uniques de cette énergie pétrolière, en termes de prix, de puissance rapportée au volume et à la capacité de stockage. Si je rejoins tout à fait Guy Le Fur dans son inquiétude vis-à-vis de l’évolution climatique, nous avons vu que la mer et le soleil recèlent des milliers de fois nos besoins. Le problème est de savoir comment on va faire, dès demain, pour utiliser ou mettre en valeur ces ressources énormes.

L’expérience de la Côte d’Albâtre pour installer des éoliennes offshore
J’ai entendu s’agissant de la mer que c’était un espace naturel à partager ; j’ai entendu l’Amiral Rolin dire « espace de liberté régulé par l’Etat » ; j’ai entendu Madame Bersani dire « responsabilité, précaution, ambition », que la loi Littoral était flexible et que la Gestion Intégrée de la Zone Côtière était quelque chose de dynamique. Pourtant, sur le terrain, on n’a pas toujours le sentiment de ce dynamisme et de cette flexibilité.
Sur la Côte d’Albâtre, le raccordement que nous souhaitions s’est révélé impossible parce que les délais de la mise au niveau de ce raccordement pour évacuer la puissance produite n’étaient pas du tout compatibles avec les nôtres. Nous avons voulu établir une ligne privée pour rejoindre une autre solution ce raccordement, nous n’en avons pas eu l’autorisation parce que la ligne privée, que nous pratiquons habituellement en Allemagne, se heurte en France à un certain nombre de blocages techniques, voire politiques.

Nous avons l’impression que la loi Littoral est gravée dans le marbre, comme les contraintes liées à l’urbanisme et aux enquêtes publiques. J’ai recensé pour notre projet sept motifs d’enquête publique, les risques juridiques s’agissant d’un nouveau domaine un peu inexploré et les risques de recours au tribunal administratif sont à envisager. Or le recours est un repoussoir à banquier et nos projets énergétiques sont d’une intensité capitalistique telle qu’on ne peut pas imaginer les développer sans financements bancaires.


Le calendrier du premier d’appel d’offre

Je voudrais rappeler un cadre général réglementaire assez évolutif. Pour l’éolien offshore, une première programmation 2005-2010 prévoyait environ 1000 mégawatts en 2010. A l’époque, il n’y avait pas de tarif de rachat. Or les citoyens français, ou d’ailleurs, n’étaient pas disposés à payer une électricité verte (ou du moins propre) beaucoup plus chère qu’une électricité normale. Donc sans tarif de rachat, il est difficile de trouver un client, industriel ou autre, pour porter un projet. Donc cette PPI (Programmation Pluriannuelle des Investissements de production d’électricité) n’a pas eu d’effet réel. Heureusement entre l’ancienne PPI sans effet et la nouvelle PPI qui est de 4000 mégawatts en éolien offshore en 2015, il y a eu un appel d’offre qui a déverrouillé un peu le système.
Cet appel d’offre a eu lieu en 2004. Onze projets ont été proposés. C’était un appel d’offre pour 500 mégawatts et aucun des projets proposés ne devait excéder 150 mégawatts. Renseignements pris, sur notre zone, nous ne pouvions évacuer que 100 mégawatts et encore avec quelques difficultés. Nous avons donc été obligés de limiter notre projet à 100 mégawatts. Sur cet appel d’offre, nous avons eu la surprise d’être les seuls à être retenus. Cela est sans doute du au fait que depuis 2001, nous préparions un développement offshore. Personne dans notre entourage ne savait comment ça allait se passer, ni nous ni l’administration. La Côte d’Albâtre est située entre Dieppe et Fécamp.
La première machine se trouvera à 7 Km des côtes, je parle au futur parce que c’est encore virtuel. Il y aura 3 rangées de 7 machines. Nous aurons vraisemblablement une première mondiale avec ces machines qui sont de 5 mégawatts montées sur des assises tripodes.

Dès notre désignation, puisqu’on est là aussi pour parler de mixité des usages, c’est d’essayer de mobiliser les connaissances et les énergies locales ou régionales, nous avons fait appel au maximum de bibliographies, aux connaissances, aux expériences. On peut les citer : les bases de données Ifremer pour la pêche, pour la sécurité ou autres, le Groupe Ornithologique Normand http://gonm.org/, le Groupe mammalogique Normand http://gmnormand1.free.fr/gmnormand.htm, la cellule littoral Haute-Normandie, et aussi bien sûr quelques-uns organismes non régionaux comme Fugro qui est pratiquement incontournable en géotechnique, Gecon pour la géophysique, Atlantique Développement, qui je crois est breton, pour l’expertise pêche…La première chose consiste, à mon avis, à sélectionner des gens du terrain. Je ne parle pas des géomètres, architectes, urbanistes, notaires et autres.

Quelques aspects techniques sur la machine.
Il y a 3 moyens d’implanter une éolienne offshore : le monopieu pour les fonds de 10 à 15 mètres, l’embase gravitaire qui permet d’atteindre les fonds de 20-25 mètres et le tripode qui permet éventuellement de dépasser cette profondeur. On peut ainsi aller jusqu’à 40 mètres et plus. Au-delà, il faut sans doute penser à d’autres structures et surtout au compromis technico-économique car le tarif est aujourd’hui fixe qu’elle que soit la bathymétrie.

Le tarif de rachat de l'éolien offshore
Aujourd’hui le prix garanti en obligation d’achat est de 130€ du mégawatt /heure. Dans des conditions idéales, c’est sans doute correct. Mais les côtes françaises nous donnent assez peu souvent l’occasion de trouver les conditions idéales, notamment à cause de l’acceptabilité sociale car qui dit acceptabilité, dit pas trop près des côtes. Cela veut dire que la bathymétrie est plus sévère, les câbles plus longs et les pertes en ligne plus importantes. Je signale au passage que le tarif allemand, qui est loin d’être parfait, tient compte de la bathymétrie et de l’éloignement de la côte. Cela, me semble-il, manque dans notre arsenal législatif. Je connais de nombreux porteurs de projets, nos amis pétroliers entre autres, qui s’intéressent beaucoup à la question et également EDF, ici présent, qui jugent ce tarif insuffisant pour des projets dont les conditions techniques impliquent un certain coût.
Je voudrais aussi parler de la machine que nous avons retenue. C’est une des deux machines de 5 mégawatts au monde conçue pour l’offshore. Il faut savoir que depuis très peu de temps, l’actionnaire majoritaire de Multibrid est Areva (à 51%). L’autre constructeur de machine de 5 mégawatts c’est Repower et, depuis cet été, après une courte bagarre avec l’indien Suzlon, Areva a pris une participation d’environ 30 % dans Repower. Ce qui veut dire que Areva est actionnaire des deux machines qui vont faire de l’énergie éolienne offshore demain. Je crois qu’il fallait le signaler. Ceci prouve l’intérêt d’Areva pour ce domaine. Nous avons un peu manqué l’arrivée de l’éolien terrestre, c’est vrai que nous importons nos machines des Etats-Unis, du Danemark ou d’Allemagne. Et nous risquons de rater le coche en solaire photovoltaïque dont le développement mondial s’affirme actuellement. A titre de comparaison, pour installer une puissance de 5 mégawatts avec des panneaux photovoltaïques, cela représente environ 15 ha de superficie.


L’outil du gouvernement qui est la Programmation Pluriannuelle des Investissements donne un peu de visibilité sur les axes énergétiques choisis par les politiques car elle ne concerne pas que l’éolien mais toutes les énergies.

Brigitte Bornemann-Blanc : pouvez-vous parler de la concertation avec les instances locales. Comment s’est-elle réellement déroulée ?

Philippe Gouverneur : J’ai essayé de lister tous les intervenants de la mixité d’usages. J’apprécie d’ailleurs ce terme de mixité d’usages, on élimine le mot « conflit », ce qui est mieux. Je pense que le premier et le dernier intervenant que je vais citer va certainement vous surprendre. Pour moi, le premier usager c’est la nature. Donc, dans l’ensemble des études faites, l’étude d’impact est la pièce maîtresse de ce dossier. Je pense qu’il y a beaucoup de gens ici qui savent ce qu’est une étude d’impact mais peut-être que d’autres ne le savent pas. C’est sortir pour observer les oiseaux par toutes les saisons pendant une année, un cycle biologique complet, de même pour les mammifères marins, c’est aussi aller avec des bennes prélever des échantillons benthiques pour voir les petites bêtes, et les micro-organismes qui peuplent les fonds marins.

Brigitte Bornemann-Blanc : Qui sont les acteurs que vous avez consultés ?

Philippe Gouverneur : Je parlais tout à l’heure du sens du timing. Depuis 2001, nous avons étudié les côtes de France. Fin 2002, nous savions quelle était, à notre avis, la zone, disons de moindre impact. En février 2003, j’ai été voir les comités locaux de pêche. On a parlé avec les pêcheurs. Ca a été un tollé. Il est vrai que je suis allé les voir avec l’idée d’une ferme éolienne productive. Une ferme productive, c’est 500 à 900 mégawatts. C’est ce que vont faire les Allemands demain : 500 à 1000 mégawatts avec une autoroute électrique et des machines de grandes puissances. Cela représente 30 km2 environ. Le premier contact a été rugueux mais courtois. Puis, l’appel d’offre est arrivé, il ne l’était pas encore lors de notre première rencontre. Cet appel d’offre a calibré le projet à 150 mégawatts. Donc, nouvel entretien, on commençait à envisager la possibilité de machines de 5 mégawatts. Voici une anecdote en passant. Je parlais tout à l’heure des visites en mer avec le Groupe Ornithologique Normand. Il me fallait un bateau. Je me suis dit que j’allais faire travailler les pêcheurs. Car je sais qu’ils ont des restrictions de jours de pêche et qu’ils ne peuvent pas sortir pour motif de pêche plus de 17 ou 18 jours par mois. J’ai eu une déception parce que je n’ai pas trouvé un bateau à moins de 10 000 €la journée. On m’a dit que c’est l’équivalent d’un jour de pêche et encore qu’il fallait voir pour le fuel. J’ai trouvé un petit bateau à 700 € la marée. C’est vous dire que le premier mouvement est sûrement un mouvement de rejet avec cette réaction « on ne participera pas à ce projet parce qu’on ne veut pas le cautionner ». Cette difficulté est difficile à surmonter même encore maintenant.

Nous avons conclu un accord pour un protocole avec l’Ifremer et avec la cellule du Littoral Haut-Normand pour faire un état-zéro pêche. Comme nous avons l’ambition de construire au mois de septembre 2008 – il faut beaucoup d’ambition et d’audace pour dire ça mais je pense que c’est possible techniquement – nous avons décidé de démarrer dès maintenant les pêches tests. Il s’étendra donc sur les quatre saisons selon un protocole établi en accord avec le Comité Régional des pêches pour faire un état de la ressource halieutique sur zone. Mais nous avons encore du mal à trouver les bateaux disponibles.

Pour revenir sur une idée de Monsieur Le Berre hier, nous n’avons pas pensé à une co-stratégie avec d’autres énergies marines. Jacques Ruer l’expliquait hier, les conditions pour l’éolien offshore ne sont pas les mêmes que pour exploiter la houle et les marées. Pour autant, il m’a toujours semblé intéressant de réfléchir à des co-stratégies avec les professionnels de la pêche. Peut on mettre à profit la zone pour réaliser d’autres formes d’exploitation au profit des professionnels de la pêche ? Une chose est certaine, sur les parcs offshore, le chalutage sera interdit, non seulement dans les parcs ou un peu aux alentours, mais également sur le tracé des câbles ensouillés sous environ 1 mètre-1,20 mètre, car on sait que les transits de galets sont importants dans cette région. Au fil des réflexions, nos entretiens avec les pêcheurs et la préfecture maritime ont abouti, j’espère, à une solution qui sera jugée heureuse par tous. Cette solution est que le chalutage étant interdit, les petits métiers de la pêche pourront fréquenter le parc ainsi que les plaisanciers moyennant une réduction de vitesse et un sens de circulation. A Fécamp, il y a un ligneur qui pêche le bar à la ligne, il nous a dit, comme d’autres d’ailleurs, que c’était son meilleur coin de pêche. C’est un réflexe classique. On a demandé le trait de pêche, puisqu’on sait que les bateaux, maintenant, enregistrent à peu près tous les trajets. Je n’en ai reçu aucun. C’est d’ailleurs dommage. Cette position c’est le premier réflexe qui dit « on ne veut pas participer à un projet que, fondamentalement, on réprouve », « La mer est notre domaine, c’est 15 km2 de privation de domaine de pêche ». Mais, après on se rend compte que nos interlocuteurs sont aussi conscients que nous des problèmes de gestion de ressources, de pollution, de prix de carburant et d’environnement. Et cela en fait des alliés objectifs. Globalement, je pense que les Comités Régionaux et les patrons de Comités locaux de pêche, sont conscients que l’espace naturel est à partager pour reprendre une phrase déjà entendue, mais que la base ça traîne un peu les pieds. Mais l’important c’est effectivement de parler en amont des projets et souvent.

Brigitte Bornemann-Blanc : Sur le plan concret, comment vous êtes-vous réunis avec les pêcheurs, avec les élus ? Comment se sont passés les contacts ?

Philippe Gouverneur : Je dirais que la première règle, je crois, c’est la courtoisie. La seconde, c’est d’essayer de découvrir les préoccupations de l’autre et puis d’essayer d’échanger. Moyennant quoi, on va l’un vers l’autre. C’est progressif, c’est une première visite en disant « voilà, on a un projet… ». Il ne faut pas arriver en disant : « je suis le promoteur… ». En éolien offshore plus qu’ailleurs, le passage en force est impossible et n’est surtout pas à recommander. J’ai souvent été voir les pêcheurs en disant : « les lignes qu’on a mises comme ça, est-ce ça ne serait pas mieux de les mettre comme ça ? ». J’ai posé la question et je n’ai pas eu la réponse encore une fois parce que, à cette époque-là, ils ne voulaient pas coopérer enfin ils ne voulaient pas cautionner quelque chose parce que j’aurais pu ensuite leur dire : « mais c’est vous qui m’avez dit de les mettre là » et ça ne leur aurait pas plu.

Brigitte Bornemann-Blanc : Avez-vous amené des pêcheurs sur des zones déjà installées ? Comment vous leur avez fait découvrir ces zones, ces implantations ?

Philippe Gouverneur : C’est un grand projet d’emmener quelques représentants de la pêche professionnelle au Danemark où il y a deux parcs. Un parc interdit la pêche et un autre l’autorise. Les questions des pêcheurs sont : l’impact électromagnétique des câbles, la fuite de certains poissons, l’effarouchement dû à des vibrations, au bruit et ainsi de suite. On a la chance d’avoir des rapports d’expérience de quelques années sur ces parcs danois qui sont globalement très encourageants. Mais, il y a un débat actuellement sur le principe de précaution et ce sont des questions qui vont mettre des années à se résoudre. Il va y avoir, selon la sensibilité personnelle des personnes qui font les études, des pour et des contre. Ce voyage doit avoir lieu au printemps.

Fiscalité, revenus potentiels et nouveaux récifs artificiels
Monsieur l’Amiral Rollin nous a expliqué qu’il y avait une fiscalité qui semble maintenant au point. Le gouvernement a été assez adroit, je pense, en parlant d’équivalence de la taxe professionnelle. 12 000 € par mégawatts et par an, pour un parc comme Côte d’Albâtre, cela fait 1 260 000 € chaque année dont la moitié pour les communes littorales impactées visuellement, il y a là encore un peu de flou dans l’interprétation, et l’autre moitié pour la pêche et la plaisance à la diligence du Conseil général concerné. Cela me semble très bien. La redevance domaniale, elle, revient vers l’Etat. Mais la pêche a quand même, à mon avis, un impact positif important, plus important encore que la retombée fiscale du parc offshore. Vous avez vu les structures tripodes, elles sont à elles seules un récif artificiel qui n’est pas négligeable. La colonisation par des micro-organismes représente 60 kg/m2/an. Ce sont des moules et d’autres coquillages. Cela donne à manger et là où il y a à manger, je pense que les poissons viendront. Je pense aussi que les poissons de fond viendront, autrement dit les poissons à forte plus-value. On fait du tonnage avec le maquereau ou le hareng, mais on fait de la plus-value avec le turbot ou la sole. Sans anticiper ce que la nature voudra bien faire sur le parc Côte d’Albâtre, j’ai bon espoir sur l’effet positif du récif artificiel qui sera renforcé par des dispositifs, sans doute au pied du tripode, de pierres anti-affouillement parce qu’il y a des courants importants. Je pense que cet habitat nouveau aura des effets positifs dès les premières années d’exploitation. Je suis persuadé que dans 20 ans, si on nous demande de les démanteler, on considérera qu’il est sans doute mieux de les laisser en place. Et qui sait, à cette époque-là, on fera peut-être une station-service à hydrogène pour nos pêcheurs.

Brigitte Bornemann-Blanc : Ça veut dire que dans le prix de construction, vous avez déjà intégré soit le prix du démantèlement éventuel soit le prix de conservation et de la transformation du matériel ?

Philippe Gouverneur : Pour l’éolien, la loi oblige à constituer des provisions pour le démantèlement. Un décret est attendu pour vraiment fixer les choses, c’est une obligation du code de l’environnement.

Brigitte Bornemann-Blanc : Est-ce que le Conseil régional de Haute-Normandie, par exemple, a posé une question au Conseil Economique et Social Régional ? Est-ce que vous avez, vous, été consultés dans ce cadre-là ? Est-ce que votre expérience en Europe du Nord, par exemple, est prise en compte ?
Philippe Gouverneur : Je disais tout à l’heure qu’en 2003-2004, j’ai vu le Conseil régional Haute-Normandie. Le vice-président du Conseil régional, Monsieur Jean-Pierre Girod, a tout de suite compris l’intérêt du projet que nous venions lui présenter c’est-à-dire le parc dans la zone de Veulette sur Mer. Cela me donne l’occasion de dire que je crois qu’en éolien offshore, c’est comme dans l’immobilier. Vous connaissez la phrase : « Il y a trois règle d’or : l’emplacement, l’emplacement, l’emplacement ». Ça me semble très juste. Avec un bon emplacement, si vous avez bien validé l’ensemble des critères, normalement, votre projet a des chances d’aboutir.
Quant au retour d’expérience, il faut rester modeste. Pour le moment, nous apprenons plutôt de nos amis danois ou anglais qui ont un peu d’expérience. Si vous cherchez des informations sur l’impact électromagnétique des câbles, vous avez des rapports de COWRIE qui sont très intéressants, vous avez aussi des études sur le site de Horns Rev, au Danemark, réalisées avec des caméras pour compter les poissons qui passaient, ceux qui faisaient demi-tour devant le câble ou autre. Même les anguilles, qui sont censées naviguer au magnétisme, traversent ces zones donc c’est assez rassurant. Donc, je dirais « humilité », on a beaucoup à apprendre.
Par contre, mes collègues ont bien voulu me désigner président de la commission offshore du Syndicat des énergies renouvelables, je participe aussi à un groupe d’échange franco-allemand et nous constatons que les Allemands, avec leurs méthodes, n’ont encore pas un mégawatt en mer. Mais ça va être, je pense, fulgurant. Ils ont un tarif de rachat inférieur au nôtre qui est en cours de réévaluation, mais le raccordement est payé par les opérateurs de réseau, et ils ont mutualisé les plates-formes FINO (Forschungsplattformen in Nord und Ostsee), Plateforme de recherche en mer du Nord dont Jacques Ruer a parlé. J’ai eu l’occasion de visiter une de ces plates-formes. On compte tout : il y a des caméras et des radars partout. On a même trouvé des chauves-souris qui passaient à 40 Km des îles. Tout est comptabilisé depuis déjà deux ans sur FINO. FINO II est en préparation en Baltique, on parle d’un FINO III, financé par le Ministère de l’Industrie, et l’ensemble de ces résultats est accessible au public et aux porteurs de projet. La France prépare un outil de zonage, commandé par le CIADT (Comité Interministériel de l’Aménagement et du Développement du Territoire) en 2004 sur lequel nous avons un peu travaillé en 2005-2006. Il est en principe sorti en 2006 ; A ce jour, personne ne l’a vu et personne ne s’en sert. C’est un peu dommage.

Les sept souhaits de Philippe Gouverneur, président de la commission offshore du Syndicat des énergies renouvelables, pour l’éolien offshore et l’éolien en général.
. Premier souhait, je reprends l’idée de Michel Ricard : il sera sans doute plus facile de « vendre » des objectifs, et c’est important que le gouvernement ou les pouvoirs publics le fassent, à l’éco-citoyen qu’au citoyen. C’est très important, parce que quand j’entends, notamment sur l’éolien, des tonalités discordantes, je suis un peu désolé. Il y a aujourd’hui 80 000 mégawatts éoliens dans le monde et M. Christian Gerondeau a publié un livre qui reprend les arguments basiques des opposants à propos du massacre des oiseaux, du bruit et des effets sur la santé. C’est très dommage car on relaie et on attise cette opposition de NIMBYstes, les opposants de base, « Not In My BackYard » c’est-à-dire « tout à fait d’accord pour les énergies renouvelables mais pas près de chez moi ». Vous savez, les terriens nous ont dit pendant longtemps de mettre les éoliennes en mer parce que ça ne gênait personne. Cela révolte tous les littoraux et les marins. Donc mon premier souhait c’est un vigoureux accompagnement marketing des objectifs de la PPI : pourquoi on le fait et pourquoi on doit le faire. Parce qu’il n’y a pas d’autre solution et parce qu’il faut y aller. Madame Bersani, essayez de m’aider à casser le carcan de ces gens qui freinent des développements indispensables et inéluctables.
. Deuxième souhait : Publier l’outil de zonage. C’est important, puisqu’il existe, qu’il sorte et que chacun pour ce qui le concerne puisse s’en servir.
. Troisième souhait : sortir une circulaire offshore dont on parle depuis des mois. Cette circulaire doit nous dire si on fait ou si on ne fait pas la ZDE maritime (Zone de Développement Eolien) et avec qui, pourquoi et comment ? Le Syndicat des énergies renouvelables et moi-même, président de la commission offshore et toute notre équipe, nous avons toutes sortes de compétences, des avocats, des techniciens, nous pouvons être force de propositions, cela doit bouger. Je vous rappelle que tout ce que nous avons vu pendant ces trois jours, ce sont des filières du futur alors que l’éolien est aujourd’hui une filière arrivée à maturité.
. Quatrième souhait : simplifier les procédures. On a aujourd’hui une concession et un permis de construire avec un dossier identique, la loi sur l’eau, la loi littoral. N’oublions pas que les neuf ou dix projets, qui ont été recalés en appel d’offre, sont toujours là. Et nos collègues essaient de les passer depuis qu’il y a ce tarif de rachat. Aujourd’hui, ils sont bloqués parce que les instructions manquent. L’avis du préfet maritime est un préalable à toute instruction. Et si ce préfet maritime n’a pas quelques règles du jeu pour arbitrer, on n’avance pas.
. Cinquième souhait : améliorer les tarifs en fonction de la bathymétrie et de l’éloignement par rapport aux côtes, parce qu’on a toujours un problème de compromis économique.
. Sixième souhait : progresser sur les raccordements, ceux-ci devront être mutualisés.
. Septième souhait : Vaincre les freins de toute nature notamment avec les recours et les banquiers.

En conclusion, je l’ai dit, je pense que c’est la courtoisie qui doit dominer, que ce soit avec les services de l’Etat ou avec les interlocuteurs. Je suis désolé de ne pas les avoir cités comme interlocuteurs, mais j’avais dans mes usagers : les granulats, les élus, les riverains, les plaisanciers, les plongeurs, la circulation maritime, la sécurité, les activités civiles, l’aéronautique, le sauvetage en mer, les activités militaires bien sûr et j’avais aussi le contribuable. Je crois qu’avec cette politique qui ne soutient pas l’éolien, le contribuable, et là il y a un conflit d’usages, dit « mon euro qui sert à financer cet éolien, est-ce qu’il est bien utilisé ? » C’est un conflit d’usages de ses impôts. On entend tellement de choses sur la fameuse CSPE (Contribution aux Services Publics de l’Electricité) ou la facture électrique. Vous allez voir que ça coûte 2 ou 3 € par an et on vous dit que c’est pour l’éolien. Je pense qu’une mise au point est nécessaire là-dessus aussi par les pouvoirs publics parce que l’éolien pèse très peu.
Le dernier mot, si j’avais un souhait, je dirais qu’il est important que l’on donne à notre société plus de plaisir à changer que de plaisir à ne pas changer.






Mis à jour le 07 janvier 2008 à 10:44