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2007 : Les énergies de la mer > TR4 : L’or bleu, quels enjeux financiers et environnementaux ? >  Enjeux financiers pour le Conseil régional de Bretagne

Enjeux financiers pour le Conseil régional de Bretagne

Janick Moriceau, Vice Présidente du Conseil Régional de Bretagne

Biographie :

MORICEAU Janick

Compte rendu :

Transcription :

18 octobre 2007 Table ronde 4


Discours de Janick Moriceau


L’aspect financier des énergies renouvelables de la mer

Le financement de la R&D

Il faut organiser la démocratie localement pour savoir où, comment et à qui vont profiter les futures installations relatives aux énergies renouvelables de la mer. C’est un problème très important et on va peut-être en parler demain. Je vais revenir au sujet d’aujourd’hui les enjeux financiers et environnementaux.

De nombreuses choses ont été dites, donc je vais essayer d’apporter mes réflexions sur les enjeux financiers. Il est prévu, à l’équivalent de ce qui se passe du côté terrestre avec les taxes professionnelles, un fond de compensation. Ce fond irait vers les acteurs du littoral, donc les pêcheurs, les pêcheurs plaisanciers, le nautisme et vers les collectivités territoriales. Ce n’est pas négligeable, il est envisagé 12 000€ par mégawatt installé chaque année. Il y aurait la moitié pour les collectivités locales, les municipalités, celles qui sont censées voir les éoliennes ; je ne sais pas comment nous allons répartir pour ce qui sera sous l’eau. L’autre moitié serait gérée par les Conseils généraux qui se chargeraient de la redistribuer aux organisations.

Pour l’Etat, c’est une manne intéressante, puisque le domaine public maritime n’est jusqu’à présent pas ou peu valorisé. Il y aurait aussi une redevance pour les installations sur ce domaine public maritime. Ç’est un des aspects financiers, mais qui jouent quand même un certain rôle dans la manière dont les choses vont évoluer.
Si on prend un peu de hauteur - Brigitte Bornemann-Blanc a posé la question tout à l’heure du nucléaire par rapport aux énergies renouvelables - on peut aussi s’interroger sur les moyens financiers pour faciliter le développement de filière comme les énergies renouvelables marines. Ces filières sont porteuses d’emplois et vont nous permettre d’avoir une valeur ajoutée sur le territoire national.

La première chose est de faire la distinction entre, d’une part ce qui est la production en tant que telle et, d’autre part, le développement d’une vraie filière c’est-à-dire de systèmes, de machines, d’ingénierie qui touche à ce qu’on appelle la « recherche et développement ».

Une grande partie de la R&D concernant les énergies allait jusqu’à aujourd’hui vers l’énergie nucléaire en France. Ça a un peu reculé, il n’y a plus qu’un milliard d’euros par an pour la recherche en ce qui concerne l’énergie nucléaire et rien, malheureusement, sur les énergies renouvelables et en particulier sur les énergies marines si j’en juge, par exemple, avec un cas très récent. Il y avait un projet qui était mené avec une ingénierie française : le projet Marénergie. Tout le monde en a entendu parler en Bretagne avec la mise en place d’un prototype. Ce projet a été présenté au niveau du Pôle de Compétitivité, reconnu par l’Agence Nationale pour la Recherche, avec normalement des financements nationaux. Et puis rien. Il n’y a pas eu de financement. On a dû, au niveau des collectivités, se regrouper avec les industriels pour aider à la mise en place d’un petit prototype, en relation avec nos moyens. Je rappelle qu’au niveau de la Région Bretagne, nous avons un budget de 11 millions d’euros, c’est beaucoup, mais c’est peu pour l’ensemble des projets du Pôle de Compétitivité. Donc, se pose la question de la répartition du budget R&D entre les filières industrielles déjà bien implantées comme le nucléaire et les énergies renouvelables. Je pense que c’est une vraie question et que le développement des énergies renouvelables marines en dépend.

Le prix de rachat de la production d’énergies renouvelables marines
Deuxième question : comment ça se passe dans les autres pays ? On incite aussi à la R&D à travers le tarif de rachat. En France, il y a un tarif de rachat qui vient d’être affiché pour la partie hydrolienne à 15 centimes d’euros par kw/h. C’est un peu plus que pour l’énergie éolienne offshore qui est de 13 centimes d’euros par kw/h. Mais, sur une filière qui est loin d’être mature, où il y a encore beaucoup d’efforts à faire en termes de R&D, ce n’est pas suffisant pour permettre à des opérateurs de se développer vraiment.
Les autres pays ont utilisé le tarif de rachat comme un outil de développement de ces énergies. C’est un autre aspect du financement sur lequel il y lieu de s’interroger.

Dernier point de la dimension financement ; nous sommes dans un territoire, en Bretagne, où les énergies marines ont de l’avenir et nous pensons que nous avons des compétences. Cela renvoie à la discussion que vous avez eu tout à l’heure sur le capital-risque et sur la question : est-on capable, nous bretons, tous ensemble puisqu’on y croit, de mettre en place un fond de capital-risque régional pour développer les énergies marines ? C’est une autre série de questions avec d’un côté, la politique de l’Etat et puis d’un autre, ce que nous avons envie de faire au niveau d’un territoire.

Les enjeux environnementaux
Les impacts

Voilà mes réflexions en ce qui concerne la dimension financière et je vais passer à l’autre aspect des choses sur lequel on m’avait demandé d’intervenir qui est l’enjeu environnemental. Je ne vais pas revenir sur la nécessité d’avoir des études d’impacts suffisamment poussées, surtout pour les premières installations, parce qu’il y a un certain nombre de questions qui sont posées. Mais, là aussi, je pense qu’il y a un intérêt à mutualiser les études au niveau européen.
Nous avons beaucoup de retard et il y a déjà à l’étranger des installations qui fonctionnent depuis longtemps. Donc il y a déjà des informations sur ce que pourrait être l’impact.

Ensuite, au niveau de la ressource, les installations peuvent jouer un rôle en tant que récif artificiel ou qu’aire marine protégée.

La politique énergétique en France et en Bretagne

Je vais aborder un niveau plus global de la politique énergétique en manière environnementale. Aujourd’hui, le rendement de notre système énergétique au niveau français est bas : environ 50%. En ce qui concerne le nucléaire, qui est, en termes de production d’électricité, le système favorisé, le rendement est de 30%. 70% de l’énergie produite dans un réacteur sert à chauffer soit l’eau, soit l’atmosphère. D’autre part, on a des circuits de distribution, particulièrement en Bretagne, qui sont extrêmement longs et donc la perte en ligne est importante. Globalement en 2000, il y a eu une estimation : c’est 35 terawatt qui sont perdus sur le réseau. On aurait donc intérêt à renforcer des lieux de production proches des lieux de consommation. On a ainsi une ressource potentielle mais pas de production actuellement malgré une consommation ; il y aurait intérêt au niveau environnemental à renforcer ce développement.
L’autre point c’est le renforcement de notre autonomie parce que, aujourd’hui, au niveau nucléaire, très clairement nous ne sommes pas autonomes. Il nous faut de l’uranium, il est extrait ailleurs qu’en France, quelquefois dans des conditions environnementales et de travail médiocres. De plus, surtout si on continue à vendre des centrales nucléaires, en Chine en particulier, le stock va diminuer, il est aujourd’hui évalué à environ un demi-siècle.
Le troisième point est le développement d’énergies qui ne produisent pas de déchets. Tous les travaux qui sont faits à l’heure actuelle sur les éoliennes, les hydroliennes ou autres systèmes se font avec des équipements qui sont éco-conçus. C’est-à-dire qu’ils sont faits pour être démantelés avec un recyclage complet de l’ensemble des installations. Avec l’énergie nucléaire, on a encore une filière de déchets dont on n’a pas vraiment réussi à régler l’ensemble des problèmes. On ne sait pas encore traiter les déchets nucléaires.
Et puis, si on veut réussir à développer une production énergétique forte, on peut aussi penser à faire évoluer d’autres activités qui consomment beaucoup d’énergie fossile, comme le transport, grâce, par exemple, aux piles à hydrogène dont on parle beaucoup.

L’enjeu social des énergies de la mer

Vous m’avez demandé d’intervenir sur l’enjeu environnemental et financier, alors je me permettrai d’en ajouter un troisième parce que ça me semble important. Le troisième c’est l’enjeu social. Je crois qu’on ne peut pas uniquement se limiter à la dimension financière et environnementale parce que le développement durable, est une dimension à laquelle je tiens. J’aurais d’ailleurs préféré un Grenelle du développement durable plutôt qu’un Grenelle de l’environnement, mais c’est une autre question.

L’enjeu social est important, car les énergies renouvelables d’une manière globale sont créatrices d’emplois. Je prends un exemple de ce qui pourrait être installé prochainement en Bretagne : un parc éolien de 200 mégawatts. Cela représente pendant deux années, 2000 emplois, et pendant toute la durée de vie de l’installation, 50 emplois permanents pour l’entretien. Ce n’est pas négligeable. Il faut regarder la manière dont se sont développées les énergies dans d’autres pays : uniquement pour la production le Danemark, on a aujourd’hui plus de 30 000 emplois dans cette filière des énergies renouvelables marines.
Dans le domaine social, c’est aussi la valorisation de nos compétences en termes d’environnement et de recherche : ce n’est pas un hasard si le Pôle de compétitivité Mer s’est installé ici. Il y a un axe énergies renouvelables marines qui a été reconnu, validé, il doit normalement se situer au niveau international. Cela a été reconnu en termes de recherche et en termes de potentiel d’ingénierie, de connaissances sur ce qui est la partie navale, les travaux maritimes… On a des compétences en termes de conception de système, on en a la preuve avec notre projet Marénergie. Ça a été difficile mais le projet Sabella existe. Nous avons aussi des compétences en termes d’ingénierie pour l’installation, qu’il s’agisse des études d’impacts avec par exemple In Vivo, reconnu au niveau international, mais il y en a d’autres en Bretagne. Enfin, nous avons les marins-pêcheurs qui, aujourd’hui, auraient quelquefois besoin de revenus, de diversification. J’ai parlé de 50 emplois pour entretenir un parc de 200 mégawatts, cela pourrait aussi être des emplois complémentaires pour des marins qui ont l’habitude de travailler en mer et qui auraient ces compétences.

Vous comprenez pourquoi, au niveau du Conseil régional, on a la volonté forte et déterminée pour essayer de développer ces énergies renouvelables marines. Mais on ne souhaite pas le faire n’importe comment. Il faut que ça se fasse en totale concertation. On en parlera demain avec Isabelle Thomas qui est déléguée chargée des dimensions énergétiques au niveau de la Région Bretagne. J’interviendrai aussi pour voir comment nous essayons de structurer l’information. Mais nous ne souhaitons pas le faire seuls, isolés, bien que nous souhaitons que la Bretagne soit en pointe là-dessus au regard de son potentiel, de ses connaissances et compétences. Nous souhaitons le faire en coopération avec d’autres pays à l’échelon européen que ce soit sur la zone Manche ou sur l’Arc Atlantique. Ce sont aussi des espaces de coopération que l’on a depuis longtemps pour l’Arc Atlantique et qui sont en train de se construire pour l’Arc Manche.
Je vous remercie.





Mis à jour le 07 janvier 2008 à 10:55