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2007 : Les énergies de la mer > Conclusion >  Michel Ricard, Président des entretiens Science et Ethique 2007

Michel Ricard, Président des entretiens Science et Ethique 2007


Biographie :

RICARD Michel

Compte rendu :

Voir la vidéo de Michel Ricard


Transcription :

19 octobre 2007 Conclusion


Discours de Michel Ricard


A l’issue de ces deux jours extrêmement fructueux, je me garderais bien de redire très mal ce que tous les autres interlocuteurs ont dit très bien.
Aussi reviendrais-je à des aspects plus généraux. Vous le savez tous, nous sommes à une période charnière, c’est-à-dire à une période où les besoins en énergies vont devenir un problème crucial et face à cette demande d’énergie, plusieurs pistes s’offrent à nous. Il y a, bien entendu, le renforcement de la prospection pétrolière vers des zones de plus en plus profondes, on en a parlé hier, des zones qui sont inviolées jusqu’à présent et qui pourraient faire l’objet à très court terme d’une exploitation. Je parle de l’Alaska, des gisements potentiels qui sont sous l’Arctique et peut-être bientôt, sous la pression, verrons-nous de la prospection dans le continent Antarctique avec les conséquences environnementales que l’on peut imaginer. Mais quelles que soient ces tentatives pour retarder l’inévitable, toutes sont confrontées au fait que nous sommes face à des ressources finies, non renouvelables et que l’exploitation de ces ressources se traduit par une émission accélérée de CO2 qui contribue au renforcement de l’effet de serre.
Actuellement, les réserves les plus importantes sont celles de charbon. On sait que l’on a environ un siècle de réserve de charbon. C’est la raison pour laquelle, on se tourne à nouveau de plus en plus vers la construction de centrales au charbon. Mais malgré la mise en œuvre de nouvelles technologies qui vont faire en sorte que le rendement énergétique de ces centrales soit meilleur que celui des centrales actuelles, l’amélioration de ce rendement, qui se traduit par des coûts de construction multipliés par 2, 3 voire 5, les quantités de CO2 seront, bien entendu, toujours importantes. Même si, et je fais référence à un colloque qui s’est tenu récemment au Havre sur ce sujet, on connaît les moyens de capturer le CO2, on ne connaît toujours pas le moyen efficace de le stocker. On a énormément de théories en la matière mais ce qu’on appelle les carboducs, c’est à dire les tuyaux qui vont permettre de conduire le CO2 de l’endroit où il est piégé à l’endroit où il est stocké, posent problème. Il y a aussi les questions d’acceptabilité sociale, je ne parle pas, bien entendu, de la construction des centrales. Il n’y a qu’à suivre les débats qui se font au Havre, actuellement, sur la construction de deux centrales qui sont en projet. Je ne parle pas des centaines de centrales au charbon qui sont prévues dans les prochaines années dans le monde.
On voit bien que toutes ces initiatives ne font que retarder une échéance inévitable. Dans ces conditions, on voit bien quelle importance prend le débat qui s’est instauré ici sur les énergies des mers. Je ne suis pas un spécialiste de l’énergie des mers, je fus un biologiste marin, donc je suis quand même très attentif à cet environnement et à toutes les pressions anthropiques de quelque ordre que ce soit qui s’y manifestent. Mais il est vrai que toutes les estimations de ce champ d’expériences s’expriment en térawatt. Je dis ce « champ d’expériences », parce qu’il ne s’agit que d’expériences, sauf peut-être pour l’éolien. Pour les autres dispositifs, on est toujours au stade expérimental.

Je souhaiterais mettre le doigt sur un certain nombre de problèmes. Tout d’abord, a été mis en exergue le fait qu’au Grenelle de l’Environnement, on n’a pas suffisamment parlé de la mer comme l’a souligné Monsieur Yvon Bonnot, Président de l’Association Nationale des Elus du Littoral tout à l’heure. Il y a certainement des piqûres de rappel à faire pour que cet aspect soit pris en compte. Et j’espère que lors du Grenelle Social qui sera mis en œuvre en novembre sous la direction de Martin Hirsch, il y aura des passerelles qui se feront avec le Grenelle de l’Environnement. Malgré tout, outre le fait que la question de l’accroissement de la recherche aurait pu être discutée lors du Grenelle de l’Environnement, on voit bien qu’il y a tout d’abord un déficit de recherche. Je n’ai pas dit un déficit de chercheurs mais un déficit de recherche, c’est donc un déficit de projets de recherches. Il y a très certainement un travail à accomplir au niveau de l’Etat, des Régions mais également au niveau européen et dans le cadre de l’accompagnement des projets de recherches.

Ceci rejoint mon deuxième propos. Il y a des pays comme la France, l’Angleterre, l’Ecosse, certains pays scandinaves… qui ont chacun de leur côté des projets tenant compte de l’impérieuse nécessité d’avancer rapidement et je sais qu’il y a derrière, des questions de brevets. Nous avons entendu hier un banquier, s’il est là il voudra bien excuser ma formulation, qui a dit que pour l’instant, les énergies de la mer ne l’intéressent pas parce que ça ne rapporte pas. Mais je pense qu’il faut aussi que nous nous apercevions que le temps passe très vite et que nous avons toujours un wagon de retard dans la mise en application de nos nouvelles technologies par rapport au besoin qui se fait sentir et par rapport à la détérioration de notre environnement liée à la course à la multiplication de centrales thermiques qui utilisent les énergies fossiles. Il y a aussi une très forte nécessité d’avoir une stratégie européenne dans ce domaine parce que c’est très certainement une des sources les plus importantes d’énergie dans les décennies à venir.

Je souhaiterais reprendre, en espérant que ceci se traduira dans les faits, les propos de Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat, qui, lors de la conférence de presse à l’issue des groupes de travail du Grenelle de l’Environnement, a dit qu’il souhaiterait que la France, lors de sa présidence de l’Union Européenne pendant le 2ème semestre 2008, puisse faire des annonces et des propositions qui montreraient la volonté de la France dans un certain nombre de domaines. Je pense que, à ce niveau-là, il y aurait certainement la possibilité de travailler avec d’autres pays de l’Arc Atlantique sur la mise en commun de la connaissance de l’expérimentation. Tout à l’heure, on parlait de mise en commun de dispositifs expérimentaux, il est évident que, dans la situation actuelle, pour avancer plus rapidement, une des solutions est certainement la mise en commun des moyens.

Autre aspect qui me paraît important, c’est l’aspect de la coopération bilatérale et multilatérale. Nous en avons parlé hier lors d’une interview pour RFI, l’énergie des mers est certainement la seule énergie qui est disponible, accessible à l’ensemble des pays qu’ils soient développés ou en développement. Ceci devant être associé à des transferts de technologies. Il y a dans une approche de gouvernance mondiale, la possibilité de laisser accéder ces pays à une production d’énergie qui favorisera leur développement. Vous le savez, une des questions les plus importantes que nous allons avoir à régler très rapidement, c’est-à-dire à anticiper, c’est le problème des éco-réfugiés. D’ici à 2050, il est prévu que nous « recevions » environ 200 millions d’éco-réfugiés. Nous ne sommes pas capables actuellement, et je pense que nous le serons encore moins dans les prochaines années, de gérer ce flux de population. Cela veut dire qu’il faut que ces populations puissent trouver sur place le développement dont elles ont besoin. Il passe par plusieurs démarches. Nous avons parlé d’éducation. Nous essayons déjà de développer au niveau bi- et multilatéral, un certain nombre de démarches qui permettent d’éduquer, c’est-à-dire d’instruire mais aussi de former à diverses technologies ces populations sur place, de manière à leur permettre de se développer in situ. Il est évident que l’apport d’énergie sous toutes ses formes est une condition « sine qua non » à ce développement. Je dirais qu’il y a là aussi une démarche importante à faire.

Enfin, pour revenir au problème qui nous occupe localement ou régionalement, il est évident que dans cette construction, la Bretagne a certainement un rôle majeur à jouer de par sa vocation maritime, de par l’Agenda 21 qui est mis en place en région, dans les départements et de par toutes les manifestations auxquelles j’ai assistées l’an dernier. Du fait de l’implantation de ses structures de recherche, structures industrielles, la Bretagne a certainement un rôle majeur à jouer au plan national comme au niveau européen.

Voilà ce que je souhaitais dire en regrettant de ne pas avoir pu assister aux entretiens Science et Ethique Junior parce que les juniors sont notre futur. Ce serait bien que les juniors arrivent sur un futur proche et consolidé. Mais, soyons clairs, si nous attendons que les juniors prennent les décisions, ce n’est plus la peine de se tracasser pour notre avenir : si nous attendons 20 ans pour réagir, ce sera trop tard. Cet aspect éducation est, bien entendu, important et doit être corrélé avec l’ensemble des démarches.

Je vais vous donner une nouvelle que la plupart d’entre vous connaissent et qui pour moi est pleine de promesse. J’ai appris que Jean-Louis Etienne a été nommé Directeur de l’Institut Océanographique au 1er octobre dernier. Jean-Louis Etienne est un homme remarquable que vous connaissez certainement, membre de nos conseils et membre du Comité National de la Décennie. Son bateau a été ancré très longtemps à Camaret. Je trouve qu’honorer des gens qui se battent pour l’environnement, qui vont sur le terrain et qui ne se mettent jamais en avant par rapport à la démarche, est une choses très réconfortante.

J’espère que le Grenelle de l’Environnement et les décisions qui seront connues d’ici la fin de cette année seront, en étant assorties de moyens conséquents, le moyen pour notre société de progresser au niveau régional, national comme international.
Je souhaiterais quand même terminer en remerciant et félicitant à la fois Brigitte Bornemann-Blanc qui est l’organisatrice de ces journées en ayant garde d’oublier mon ami Lucien Laubier. Je dois dire que la persévérance de Brigitte, pour ne pas dire plus parfois, parce qu’elle est très accrocheuse, cette persévérance fait que les manifestations successives sont extrêmement enrichissantes. Il y en a d’autres auxquelles je participe à sa demande sur Paris, sur les problèmes de défense et environnement. Ces questions sont également des sujets transversaux et que des gens, peut-être toujours trop politiquement corrects, ne veulent pas aborder. Les questions de défense et environnement sont des problèmes extrêmement intéressants.
Je voulais à la fois la remercier et la féliciter en votre nom ainsi que, bien entendu, toutes les personnes qui l’accompagnent, qui l’entourent et qui l’ont aidé à mettre en place ces manifestations, en particulier Aurélie Cazoulat et Charline Lasterre.

Donc Bravo Brigitte et Merci de m’avoir écouté.




Mis à jour le 07 janvier 2008 à 11:09