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2006 : La biodiversité du littoral > TR1 : La biodiversité des habitats littoraux, histoire et évolution >  Vivre contre ... ou avec la nature ? selon Robert Barbault

Vivre contre ... ou avec la nature ? selon Robert Barbault

Michel Glémarec, Professeur Honoraire d’océanographie biologique à l’UBO, Membre qualifié de la commission Mer du Conseil Economique et Social de Bretagne. Président d’honneur du Comité Scientifique d’Organisation des entretiens Science et Ethique.

Biographie :

GLEMAREC Michel

Compte rendu :

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Transcription :

13 octobre 2006 TR1


Discours de Michel Glémarec


Je voudrais d’abord faire un commentaire personnel sur le terme « biodiversité » quelque peu galvaudé. Certains ont peut-être lu la presse ces jours-ci dans laquelle, j’ai eu l’occasion de m’exprimer sur ce terme. Je voudrais déjà que les gens soient bien conscients que dans la biodiversité, il y a plusieurs aspects : génétique, fonctionnel, spécifique, économique. Les spécialistes regardent toujours cette biodiversité par le petit côté de la lorgnette, ils ne s’intéressent qu’à ce qui les concerne directement, soit les espèces, soit la génétique … J’aimerais qu’au bout de ces deux jours, vous partiez d’ici avec l’idée que la biodiversité est un tout et que l’on doit réagir aussi en tant que citoyen par rapport à ce concept, conçu au départ par des naturalistes. Ce que je vais dire maintenant ne m’est pas personnel, ce sont les paroles du Professeur Robert Barbault, directeur de l’Institut de la biodiversité au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris. Il a écrit un ouvrage, que je vous recommande fort de lire, en début 2006 : « Un éléphant dans un jeu de quilles ». Je me suis permis d’extraire quelques phrases de Robert Barbault, libellées entre guillemets, qui doivent être le fil conducteur de ce qui arrive lorsque l’homme intervient.

On a trop souvent oublié que « Chaque pays possède trois formes de richesses : matérielles, culturelles, et biologiques. Animaux et végétaux sont une partie de l’héritage d’un pays ». Cela fait partie du patrimoine, c’est l’héritage d’un pays qu’il ne faut surtout pas oublier.
Maintenant, pour reprendre une optique de sélection naturelle et une optique darwinienne – Lucien Laubier en a parlé – il est clair que ce que nous observons aujourd’hui sur une plate-forme continentale, même si c’est extrêmement jeune comme l’a dit Pascal Leroy, en moins de 18 000 ans, les organismes ont du supporter une augmentation de température de l’ordre de 10°C. Avec tout ce qu’on entend aujourd’hui sur le changement climatique, un changement de l’ordre de 4°C en 50 ans est prévisible. Cette modification est considérable.

« La diversité des formes et des comportements des espèces, au sein des réseaux trophiques et des écosystèmes, répond à un jeu complexe de contraintes et d’interactions écologiques qui obéissent à des lois économiques très générales… la « monnaie » servant de référence est la calorie, unité de mesure énergétique. » Lorsque l’on parle de réseaux trophiques et de jeux complexes d’interactions écologiques, il est clair que les espèces ont adopté des stratégies de « coût-bénéfice » : combien faut-il manger et au moindre coût de façon à être opérationnel ? Tout cela obéit à des lois économiques, la monnaie n’est pas le dollar ou l’euro, c’est une unité de mesure énergétique, tout simplement la calorie. On peut aussi, nous les naturalistes, s’exprimer avec des unités comme celle-là. Et ce sont des concepts comme ceux-là qui nous ont entraîné jusqu’au procès de Chicago après l’accident de l’Amoco Cadiz.

« L’homme, cet organisme singulier, a inventé la science de l’économie puis celle de l’écologie, sans toujours bien mesurer ce que l’une doit ou peut apporter à l’autre… à l’interface apparaît l’économie écologique ». L’homme intervient donc dans notre écosystème, il en fait partie. Il a inventé l’économie sans toujours montrer les liens qui peuvent exister avec cette écologie. Cette écologie est d’abord une écologie végétale, même s’il y a quelques végétalistes dans la salle, il faut être clair : on ne peut pas séparer écologie animale et écologie végétale. Dans les histoires de l’écologie, on ne parle généralement que de végétation. L’écologie animale a existé il y a longtemps avec un grand précurseur à Roscoff qui s’appelle Marcel Prenant, j’aurai l’occasion de reparler de lui assez souvent dans les temps à venir. L’écologie marine date pratiquement de 1920 avec des concepts adaptés de la phytosociologie. Mais aujourd’hui il va falloir être de plus en plus conscients qu’il y a – selon Robert Barbault – une « interface entre l’économique et l’écologique ».

« Tout discours romantique est sans effet sur les forces du marché… On ne peut plus découpler l’homme et la nature, l’écologie et le socio-économique… Conserver la biodiversité n’est pas seulement une préoccupation des naturalistes, c’est aussi une ressource. » On a souvent traité de romantiques les gens que nous étions, avec chacun nos espèces préférées, les vers pour Monsieur Laubier, je le suivais à petite échelle, et ensuite ce fut les mollusques bivalves, et on a encore quelques « fossiles vivants » autour de la table qui savent reconnaître quelques espèces donc ce sont des romantiques. Aujourd’hui nous vivons une économie de marché et on ne peut plus couper l’homme de la nature, l’écologie et le socio-économique qui sont parfaitement liés. La biodiversité, il faut la comprendre comme une préoccupation que nous avons, nous les naturalistes. C’est bien une ressource qui est effectivement ici un terme économique.

« La nature est une prestatrice de services… les conditions et processus grâce auxquels les écosystèmes supportent et satisfont les besoins des hommes sont regroupés sous le concept de service écologique. » La nature rend des services : quand on change d’espèces, quand la pêche ne trouve plus une espèce, elle va s’adresser à une autre espèce. On est dans des systèmes plurifonctionnels et les écosystèmes réagissent. Voilà ce concept de service écologique. La nature rend d’énormes services à l’homme, il faut qu’il en soit conscient. Aujourd’hui on va de plus en plus vers des systèmes simplifiés, vers des monocultures. C’est cette dérive fonctionnelle de la biodiversité qu’il faut combattre.

« Les pratiques d’utilisation durable apparaissent économiquement préférables à l’exploitation intensive après reconversion… Le rapport coûts consentis / bénéfices obtenus passe de 1 à 100 entre la stratégie « écologique » et la stratégie d’ « exploitation intensive » ». Si vous voulez faire une exploitation intensive, vous êtes obligés de rendre le milieu compatible avec quelque chose d’intensif. Si l’on souhaite maintenir une économie intensive, par exemple un parc à huîtres, cela va coûter très cher car il faut lutter contre les parasites, les prédateurs. Il y a très peu d’études, et essentiellement américaines sur ce qu’est le coût d’une stratégie d’écologie par rapport à une stratégie d’exploitation intensive qui devient de plus en plus coûteuse.

« La préservation de la biodiversité, et plus généralement l’aménagement du territoire, doivent peser dans les débats de société… La biodiversité en Europe de l’Ouest est sous la double influence négative des changements climatiques et changements d’usage des terres… ». Bien entendu, la préservation de la biodiversité entraîne automatiquement l’aménagement du territoire. Se pose alors le problème d’échelle, on en parlera beaucoup demain. On voit peser dans les débats de société avec l’idée forte que l’ensemble de l’Europe de l’Ouest est aujourd’hui sous une double influence : les changements climatiques qui viennent s’additionner aux changements d’usage des terres. C’est tout ce qui vient des bassins versants et on peut parler à la fois d’une atteinte, d’une érosion d’une biodiversité de type spécifique et d’un changement de la biodiversité fonctionnelle ou de changements des habitats. Tout cela apparaît dans les interventions qui suivent de Laurent Chauvaud et Jacques Grall.

Merci.





Mis à jour le 18 janvier 2008 à 15:18