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2000 : Vagues de pollution, impacts et prévention > TR 2 : Maux et mots, la communication et la crise : La vague des citoyens >  Discours de Odile Ambry

Discours de Odile Ambry

Journaliste, anime le site Internet Tocsin

Biographie :

AMBRY Odile

Compte rendu :

Téléchargez l'étude Tocsin


Transcription :


20 octobre 2000 TR2


Discours de Odile Ambry :


Je salue le fait qu’il y ait deux journalistes à cette table pour parler de L’Erika, et j’aime bien le titre :“ des maux et des mots ”. Je fête avec vous la naissance de Tocsin, qui est un groupe de journalistes qui réfléchit aux pratiques de l’information, et qui s'est saisi de l’Erika parce que ça nous paraissait un bon cas d’école il y a quelques mois. Je suis à la fois contente et un petit peu inquiète que le cas était le bon et le bond à saisir. Je crois qu’il est important que des journalistes puissent s’exprimer sur des dossiers comme ceux-là en décryptant le travail de sociologues ou de gens qui prennent le temps d’écrire ou de mener de longues enquêtes, et qui ouvrent un espace de paroles pour des journalistes qui ont envie de la prendre. Sur l’Internet je vais être un peu provocatrice surtout après la parole de mes deux prédécesseurs. J’ai encore tendance à dire aujourd’hui :
“ Internet c’est une technologie, voyons ce qu’on va en faire et comment elle se plaque sur le monde réel ” et je laisserai parler Olivier Zablocki de son expérience, qui à mon sens est une des plus intéressantes et des plus novatrices de cet Internet citoyen autour de l’Erika.
La presse traditionnelle, celle qui aujourd’hui encore en France fait l’opinion, qu’a-t-elle fait avec Internet ? Elle a muté avec Internet. Prenons un exemple : un des sites qui est arrivé à la connaissance du public via Internet, s’appelait “ marée noire ”. On ne savait pas très bien s’il s’appelait maréenoire.com. ou maréenoire.org ; marée-noire.com.
Je tire mon fil, je trouve derrière Bretagne-on-line. Je retire mon fil, je trouve Le Télégramme de Brest ! Je n’enlève pas au Télégramme de Brest le droit d’être en ligne, de construire un site maréenoire.com, je m’en voudrais.
Simplement je me dis qu’est-ce que marée noire.com ? Et comment l’internaute moyen s’y retrouve, où va-t-il tomber et comment va-t-il savoir où il est tombé ?
C’est un des moments où la presse traditionnelle est allée se saisir d’Internet. Il y a eu d’autres expériences qui ont été faites et qui continuent. Ce qu’il faut se dire, et c’est extrêmement important en tant que journaliste à dire ici, c'est que nous sommes dans des technologies et que donc cet Internet citoyen qu’on regarde naître est extrêmement multiforme. Il comprend des espaces anciens (10 ans) qu’on appelle les “ news groups ”, qui depuis très longtemps fonctionnent en espaces collaboratifs et qui sont un peu la base de l’internautie. Et puis aujourd’hui on a vu naître des listes de diffusion, de discussions, un peu différents, on a vu aussi des sites avec d’autres types de contenus, un mot que je n’aime guère mais qui a le mérite de moins engendrer la confusion que le mot information. Prenons le rapport du laboratoire Analytica. Je n’ai aucune compétence pour juger de la validité des informations, mais je note que très probablement, ces analyses, ce laboratoire ne seraient pas arrivées jusqu’aux médias traditionnels donc jusqu’au grand public. Un débat qui méritait d’exister n’aurait pas eu lieu.
A l’autre bout il y a un document qui a beaucoup circulé pour l’Internet “ dit citoyen ”, qui s’appelait “ Chronique du naufrage de l’Erika ”, et signé par quelqu’un, qui s‘appelle Annie Lobbé. D’abord je ne sais pas qui est Annie Lobbé. Ce document est publié sur le site d’Attac et il a été impossible de retrouver la personne qui l’avait écrit. Elle ne mettait pas ses coordonnées, peut-être est-ce un pseudonyme. Ce document a été largement diffusé sur ces fameuses listes de discussions par deux messieurs connus dans le monde de l’internet citoyen et fort respectés, qui sont Hervé Le Crosnier et Jean Paul Baquiast. Ils se sont dits qu’ils tenaient enfin un document, 50 pages imprimées (et croyez-moi, il fallait vouloir les lire !). Dans ce document je découvre à mon grand étonnement qu’il y a eu 6 morts pendant le naufrage de l’Erika, et je m’interroge à coups d’extraits de copier-coller du Télégramme de Brest, de Ouest France, du B.E.A. mer (Bureau Enquête Accidents Mer), etc… J’ai passé deux jours à faire la contre-enquête de la contre-enquête. Je me suis interrogée sur beaucoup d’éléments – qui sont faux, 6 morts ce n’est pas négligeable - cela m’a beaucoup ennuyé moi, en tant que journaliste porte-parole ici de ceux et celles qui ont eu beaucoup de mal à travailler sur ce sujet. Ce document aurait pu faire beaucoup de dégâts. On peut tirer un chapeau à mes confrères de la presse traditionnelle qui ont dû le voir passer, et qui l’ont mis de côté. Se demander la place des journalistes au sein de tout n'est pas une mauvaise question. On les a beaucoup conspués, ils avaient de bonnes et de mauvaises raisons, mais de voir qu’on essaye de publier des contre-enquêtes faites par des inconnus qui n’ont pas le savoir-faire, le professionnalisme pour faire une contre-enquête de cette importance ! Je terminerai en disant un mot sur ce qui s’est passé cet été, car cela fait débat. Sur ce qu’a fait la presse traditionnelle sur l’été du pompage, j’ai fait un sous-titre “ Total pompe et la presse rame ”. La couverture médiatique du pompage de l’Erika me fait bondir. Sur le pompage de l’Erika, on lit “ ça a coûté 500 000 millions de Francs ”. “ La mission du littoral atlantique est chargée par Total du pompage et de la communication ”, et on entend un journaliste de France inter répondre à une question d’auditeur :“ Ah ! J’ai oublié de vous dire on n’a pas pu y aller, on y va avec Total sur le lieu du pompage ”. On n’est plus dans l’information mais dans la communication ! Et je ne crois pas qu’il faille tirer à boulets rouges sur mes confrères ; il était très difficile de faire ces fameuses enquêtes.
Ma conclusion sur six mois de lecture de la couverture médiatique de l’Erika ( de la question des experts à celle des journalistes) consiste à dire que beaucoup de gens sont extrêmement frustrés de ne pas avoir su la vérité.





Mis à jour le 28 janvier 2008 à 10:30