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1998 : Risques associés aux progrès technologiques > TR 3 : Expertise et débat public: expériences récentes >  Synthèse de la table ronde 3

Synthèse de la table ronde 3

Président: Pierre Maille, Maire de Brest, Président du Conseil Général du Finistère
Animation: Marie-Jeanne Husset, directeur de la rédaction du magazine 60 millions de consommateurs
Intervenants: Jean Audouze, directeur du Palais de la Découverte; Bertrand Barré, directeur des réacteurs nucléaires au CEA; Didier Houssin, directeur général de l'Etablissement Français des Greffes; Michel Somville, centre d'études et de formations en écologie; Anicet Le Pors, ancien ministre, conseiller d'Etat; René Riesel, membre de la Confédération Paysanne.

Biographies :

HUSSET Marie-Jeanne , LE PORS Anicet, RIESEL René

Compte rendu :

Transcription :


23 octobre 1998 TR3


Synthèse de la table ronde 3 :



Lors de cette table ronde, Bertrand Barré et Jean Audouze ont évoqué leurs expériences respectives d’experts en matière d’énergie, Didier Houssin est revenu sur la question des xénogreffes, tandis que les trois derniers intervenants, Michel Somville, Anicet Le Pors et René Riesel ont discuté sur les O.G.M..

Bertrand Barré a 20 ans d’expériences de débats, rencontres, dialogues, échanges en tout genre sur le nucléaire, en France, aux Etats-Unis ou au Japon, comme invité, convoqué ou désigné, en VIP ou plongé dans des salles hostiles, en tout cas en tant qu’expert du CEA, qui connaît les réacteurs nucléaires, réfléchit au problème de l’énergie et a une compétence sur le transfert de technologies. Même si les médias ont une propension à évoquer le nucléaire de façon négative, il faut participer aux débats qu’ils organisent, y compris lorsqu’il s’agit de l’émission « la Marche du Siècle » de Jean-Marie Cavada. Car l’utilisation de l’énergie nucléaire renvoie à un débat de fond : l’énergie de demain. Nous utilisons actuellement les réserves d’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon) qui ne sont pas inépuisables et envoient dans l’atmosphère des gaz (notamment le CO2) à l’origine de l’effet de serre. L’expert doit être compétent, rigoureux, honnête lorsqu’il répond aux questions qu’on lui pose : il faut comprendre qu’un docteur en physique nucléaire, par exemple, n’est pas spécialiste de tout le nucléaire, qu’il soit professeur au Collège de France ou Prix Nobel italien.

Jean Audouze décrit le rôle du Comité d’éthique sur l’énergie, un des trois comités d’éthique des sciences mis en place par l’UNESCO (les deux autres concernent l’eau et les télécommunications) dans la perspective de la nouvelle commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies et qu’il préside depuis 1996. Parmi les personnalités qui constitue ce comité on trouve : Antoine Reille, un représentant de France Nature Environnement, M.D. Johansen, norvégien, Bertrand Barré, Robert Klapisch le collaborateur direct du prix Nobel italien de physique Carlo Rubbia, etc. Il existe trois grandes sources d’énergie (fossile, nucléaire, renouvelable). Chacune soulève de sérieux problèmes : 1) l’énergie fossile présente le triple inconvénient d’être limitée, d’induire l’effet de serre et d’être distribuée géographiquement de façon inégale ; 2) l’énergie nucléaire produit des déchets radioactifs et nécessite de lourds investissements ; 3) les énergies renouvelables coûtent cher et génèrent des effets parfois indésirables (bruit, atteinte aux paysages). Pour évaluer ces trois types d’énergie dans une perspective de développement durable, il faut prendre en considération plusieurs facteurs : la démographie, les équilibres nord-sud, les relations villes - milieu rural, le principe de précaution, l’équité entre les différents pays. Aujourd’hui, 2 (sur 7) milliards d’êtres humains n’ont accès qu’au bois. Le Comité d’éthique s’est fixé des priorités sous forme de recommandations dont les plus importantes sont : 1) les économies d’énergie ; 2) la recherche sur les impacts environnementaux et sur les risques ; 3) l’organisation de débats publics et la réflexion sur la gouvernance.

A propos des xénogreffes, Didier Houssin estime qu’il y a eu peu de débats publics sur les greffes car les citoyens ont été émerveillés par la prouesse technique. Le problème d’une xénogreffe est qu’elle peut sauver une personne mais en faisant peut-être courir un risque à la communauté du fait d’un possible transfert d’un agent viral du cochon à l’homme. Cette question, sur laquelle les experts s’opposent, incite au débat public avant la mise en application des xénogreffes. A l’heure actuelle, les greffes sont réalisées entre humains sur la base du principe du don ou d’un système d’échange qui renvoie à la solidarité interindividuelle. Les xénogreffes feraient disparaître cette dimension. Des débats publics sur ce sujet aideraient à informer des citoyens, les inciteraient à exprimer leurs attentes et leurs inquiétudes et à fonder leur avis. Reste à savoir si ces débats relèvent finalement de la manipulation ou d’une véritable aide à la décision.

Pour Michel Somville, on a raté le passé et on ne prend pas le bon chemin pour l’avenir ! Le 3 mars 1998, un brevet a été déposé sur une modification génétique, depuis racheté par Monsanto, surnommée Terminator, capable de stériliser toutes les plantes non hybrides. Le blé, le riz, le sorgho et le manioc concernent environ 14 millions de personnes, mal parties pour le développement durable. Il est crucial d’approfondir le dialogue nord-sud sur cet enjeu. La firme Zeneca met au point une modification similaire, surnommée Verminator, qui peut être désactivée en appliquant un cocktail chimique à la semence. Le débat sur les O.G.M. est très conflictuel en Europe. Les O.G.M. permettent de continuer de vendre des herbicides (Basta, Roundup) qui ne sont plus couverts par des brevets. Il faut rendre publiques les controverses scientifiques qui mettent ces enjeux sur la table et permettent de comprendre les convictions de chacun. Un moratoire a pour but de stimuler les recherches nécessaires pour répondre à toutes les questions qui se posent et pour lesquelles il n’y a pas, à ce jour, encore de réponses précises.

S’appuyant sur la décision française du Conseil d’Etat de surseoir à l’exécution de l’arrêté ministériel (février 1998) qui autorise la mise en culture de trois variétés de maïs transgénique de la firme Novartis (dans l’UE), pour ne pas réduire le citoyen au consommateur : le citoyen est aussi au Conseil d’Etat, au Parlement, au Gouvernement, à Greenpeace, dans les syndicats, etc. Le citoyen, à la fois objet et sujet, relève d’une catégorie neutre, non typée par des institutions. Trois enseignements sont à tirer de cette décision du Conseil d’Etat du début de l’année 1998.

1) la loi Barnier n’est pas claire : ses principes directeurs (de précaution, du pollueur payeur, de participation, d’acteur) n’étant pas normatifs, on peut leur faire dire ce qu’on veut ;
2) la recherche publique doit bénéficier de moyens appropriés pour être à même d’encadrer correctement l’expertise
3) la presse, en étant très élogieuse et en surmédiatisant la conférence de consensus, qui déplace la décision vers des instances non légitimes, est démagogique. Dans cette affaire, face au lobbying de Novartis et aux destructions de champs transgéniques, il faut faire fonctionner l’Etat de droit.

En réponse, René Riesel annonce une nouvelle destruction d’un champ de maïs, dans le Lot et Garonne. En janvier 1998, la Confédération Paysanne a éventré des sacs de semences de maïs Novartis, dans le centre de stockage de Nerac, pour les rendre inutilisables en les mélangeant avec des semences de maïs normal. Trois militants ont été attaqués en justice. Onze témoins à charge sont venus à ce premier procès d’une plante pris la dimension qu’il a pris depuis ? Par cette action, nous avons imposé le débat sur les O.G.M. en France.

Aujourd’hui, nous demandons un moratoire. Il faut une recherche supplémentaire, des procédures de confinement et des objectifs clairs. A part augmenter la dépendance des agriculteurs vis-à-vis des multinationales, quelle est l’utilité sociale des O.G.M. ? La conférence de consensus n’a pas révélé cet enjeu. Il s’agissait d’une conférence transgénique. La Confédération Paysanne se préoccupe des O.G.M. parce qu’elle se préoccupe des conséquences du modèle productiviste pour la santé publique, pour l’environnement et dans le domaine social. L’agriculture paysanne a trois fonctions : produire en quantités suffisantes, employer des hommes plutôt que des machines, préserver l’avenir. Indissociables, ces trois fonctions donnent une vision cohérente de l’agriculture sans O.G.M.







Mis à jour le 07 février 2008 à 15:47