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2008 : Patrimoine maritime, ressources et économies du littoral. Recherche, nouvelles compétences et nouveaux métiers de la mer > TR2 : la connaissance : avons-nous toutes les cartes en main ? (décisions politiques et recherche) >  Gestion intégrée de la mer et du littoral dans le cadre de la politique maritime européenne

Gestion intégrée de la mer et du littoral dans le cadre de la politique maritime européenne

Christophe Le Visage, Secrétariat général à la mer.

Biographie :

LE VISAGE Christophe

Compte rendu :

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Transcription :

16 octobre 2008 TR2


Discours de Christophe Le Visage :


Les étudiants qui ont fait l’introduction nous ont fixé une feuille de route extrêmement ambitieuse, dont je ne vais certainement traiter qu’une petite partie. Je vais traiter de l’évolution des politiques maritimes, peut-être de l’apparition des politiques maritimes en ce qui concerne la France, et puis des besoins de la recherche qui transparaissent ou commencent à transparaître. Vous connaissez tous les grandes évolutions de ces dernières années qui ont amené à prendre connaissance ou à prendre conscience progressivement que la mer n’était pas infinie, que ses ressources n’étaient pas infinies, que même l’univers n’était pas infini et que nous ne pouvions pas continuer à prélever des ressources sans y réfléchir, à gaspiller l’énergie et les énergies fossiles sans trop de réflexion.

Toutes ces démarches au niveau mondial, avec de grands moments comme le sommet de Rio en 1992 et divers sommets successifs, ont amené progressivement les politiques à prendre conscience de la nécessité des changements. La mer n’a pas été oubliée au niveau international, elle l’a d’abord été au niveau national. Effectivement, on n’a pas vu dans les politiques françaises de grands mouvements pour faire apparaître les questions maritimes et littorales comme des enjeux majeurs alors que ça ressortait clairement de l’analyse au niveau mondial. Nous sommes en train de rattraper petit à petit ce retard, aidés et poussés par l’Europe et aussi par des démarches menées au niveau national. Au niveau européen, pour résumer très brièvement, sont traitées les questions liées à la politique maritime européenne. Vous savez qu’un certain nombre de réflexions, ces dernières années, ont abouti à un Livre vert, livre de réflexions publié par la commission européenne sur ce que pourrait être une politique maritime à l’échelle européenne. L’Europe, ce n’est pas que de la terre, c’est aussi de la mer. Les enjeux liés à la mer sont de plus en plus importants : enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Le tout justifiant, sans doute, que, en matière de développement durable, l’Europe, qui a de grandes ambitions, affiche sur la mer la manière et la stratégie avec laquelle elle envisage de traiter ces enjeux. Sur ce Livre vert pour une politique maritime européenne qui commence tranquillement à se décliner dans des mesures plus opérationnelles comme le Livre bleu, je n’insisterai pas. C’était peut-être le point de départ d’une réflexion nationale qui a été prolongée par une réflexion de prospective avec le groupe Poséidon qui a réfléchi sur ce qu’étaient les enjeux, précisément, nationaux dans le cadre de cette politique européenne.

Deuxième source d’inspiration beaucoup plus récente le Grenelle de l’environnement avec ce mouvement qui vise à faire évoluer, si possible rapidement, notre société vers une société beaucoup plus tournée vers le développement durable. C’est, là aussi, un axe majeur qui nous a tournés difficilement mais sûrement vers la mer. Le sujet « mer » n’avait effectivement pas été identifié initialement comme un sujet d’importance pour le Grenelle. Ça peut paraître un peu paradoxal pour nous tous ici qui vivons de la mer, sur la mer ou sur le littoral et pourtant, la France, très terrienne et terrestre, n’avait pas identifié ces enjeux. Heureusement, du débat national est apparue la nécessité de traiter la mer et le littoral comme un véritable enjeu du Grenelle et donc un comité opérationnel s’est mis en place. Il visait à transformer les engagements, souvent un peu généraux, en mesures opérationnelles : des lois, des décrets, des mesures, des taxes, des orientations positives comme des instruments incitatifs ou contraignants. Ce comité opérationnel 12 intitulé modestement « Gestion intégrée de la mer et du littoral » a essayé de souligner les besoins que la société exprimait vis-à-vis de tous ces acteurs, dont les chercheurs, en matière de gestion intégrée.

Mais pourquoi la gestion intégrée ? Qu’est ce que ce barbarisme ou cette nouveauté ? En fait, c’est la simple traduction dans le vocabulaire du fait que les choses deviennent trop compliquées pour qu’on puisse les traiter par petits morceaux. Chacun posant sa solution à ses problèmes, le tout ne fait pas une solution globale mais un problème global. Donc la solution doit être globale. Cette complication apparente n’est pas de la complication, c’est de la complexité. Tout est lié : les activités des uns et des autres, l’environnement, nos activités… On pourrait donner quelques exemples ainsi : le tourisme pollue l’eau et cela a des effets négatifs sur la conchyliculture ce qui entraîne des changements sociaux et économiques importants. Toute cette complexité caractérise vraiment le littoral : trop de monde, trop peu d’espace ; trop de demandes, pas assez de ressources. Cette complexité caractérise aussi de plus en plus nettement la mer. On s’est aperçu, mais c’est encore récent, que les ressources halieutiques n’étaient pas inépuisables, que les ressources énergétiques ne le sont pas non plus, que la mer est une source de problèmes, mais c’est aussi une source de solutions. Faisons en sorte que, en résolvant un problème, on n’en crée pas de nouveau. Concrètement la gestion intégrée de la mer et celle du littoral sont très liées, c’est devenu un enjeu politique. Et cet enjeu politique se traduit par l’obligation de sortir des textes de loi, de la réglementation, de changer des comportements mais aussi par des exigences de plus en plus grandes en termes de connaissances.
C’est relativement nouveau, en termes d’importance sans doute ; la différence c’est que la recherche devient maintenant d’une part très nécessaire et d’autre part très interdisciplinaire. Je vous ai parlé de gestion intégrée, on ne peut plus se contenter de régler des problèmes aux interactions entre deux secteurs en faisant des recherches dans un secteur puis dans l’autre. Il faut absolument que les chercheurs se parlent, que les recherches deviennent multidisciplinaires. Le développement durable ce n’est pas du social d’un côté, de l’économie de l’autre et de l’environnement de l’autre. C’est évidemment, les trois à la fois avec des mélanges de plus en plus complexes. Il y a des couplages entre ces trois domaines par exemple : le mouvement social que constitue le tourisme peut aboutir à des impacts environnementaux très clairs sur la qualité de l’eau qui eux-mêmes peuvent aboutir à des impacts économiques sur la conchyliculture. Ces couplages sont permanents, complexes. Donc pour la compréhension des processus et la connaissance qui sont nécessaires pour gérer le moins mal possible, voire le mieux possible d’ailleurs, il va falloir passer à un niveau supérieur de la recherche. On l’a déjà dit ce matin, en termes de connaissances, la mer c’est encore une grande inconnue. Non seulement, il va falloir combler, si possible rapidement, les lacunes de la connaissance, mais en plus il va falloir rentrer dans des domaines complètement nouveaux, par exemple la connaissance des écosystèmes marins, on en a déjà dit quelques mots. Il y a de gros livres avec ce que l’on connaît, mais les livres qu’on pourrait faire avec ce l’on ne connaît pas sont encore beaucoup plus gros. Les processus qui couplent le physique au biologique sont compliqués, complexes mais en plus extrêmement variables. Tout cela évolue avec le temps, les changements climatiques, ceux que nous avons provoqués, ceux que nous n’avons pas provoqués… Les impacts des activités humaines sont souvent très complexes. Il y a la partie visible de l’iceberg et souvent sous la surface, il y a beaucoup de choses qu’on ne connaît pas encore. Concrètement, le défi posé par le monde à la politique c’est la gestion intégrée. Cela se traduit par des exigences en termes de recherche, de connaissances nouvelles et c’est à la recherche maintenant de nous proposer des solutions à ces questions. Ce sera la conclusion pour que les décisions publiques, mais aussi les décisions de chacun puissent être des décisions sensées ou en tout cas moins insensées qu’elles ne le sont en ce moment.

Merci





Mis à jour le 02 décembre 2008 à 11:01