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2008 : Patrimoine maritime, ressources et économies du littoral. Recherche, nouvelles compétences et nouveaux métiers de la mer > TR2 : la connaissance : avons-nous toutes les cartes en main ? (décisions politiques et recherche) >  Politique et polarisation de la recherche et L'Europe des régions (mise en cohérence : université, grandes écoles et pôles de compétitivité pour atteindre les objectifs)

Politique et polarisation de la recherche et L'Europe des régions (mise en cohérence : université, grandes écoles et pôles de compétitivité pour atteindre les objectifs)

L'enseignement et la recherche : nouvelle donne dans la compétition mondiale !
François Clin, Ministère de la Recherche

Biographie :

CLIN François

Compte rendu :

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Transcription :

16 octobre 2008 TR2


Discours de François Clin :

(transcription sous réserve de validation)

Le champ du développement durable est un champ d’échelle variable, multiple et plein de contradictions. On oppose souvent le local au général. Mon propos sera général, mais je me félicite qu’il soit tout à fait concordant avec ce que je viens d’entendre sur le local par de très brillants élèves dans leur questionnement en introduction de cette conférence. Je voudrais les féliciter sur la qualité de leurs propositions qui sont quasiment les questionnements que nous essayons de traiter en tant que questionnements et pas toujours en tant que réponses. Comment la recherche se justifie-t-elle, s’organise-t-elle, se transfère-t-elle ? Après le Grenelle de l’environnement, il était important pour nous de décliner ces questionnements, abordés de manière essentiellement sociétale, en regardant comment ils allaient se placer par rapport à une autre grande politique de réforme de l’actuel gouvernement. Cette politique est celle de la recherche et de l’enseignement supérieur notamment pour une communauté de chercheurs, pas forcément ceux de l’observation, mais ceux de l’action, qui transforment le principe de précaution en principe d’action et en particulier tous ces laboratoires de recherche qui accompagnent les écoles d’ingénieurs et les grands organismes d’expertise. C’est sur ce sujet que nous avons tenu à Nancy, les premières assises de la recherche pour l’ingénierie durable. Nous avons réuni 200 directeurs de grands programmes nationaux à applications internationales. L’idée était de décliner le débat à la croisée du Grenelle et de l’évolution du système de recherche d’enseignement supérieur à partir des opérateurs réellement opérationnels de notre recherche publique et privée avec quelques témoins du monde politique. La démarche a consisté à faire travailler, en trois ateliers, trois grandes familles d’opérateurs de terrain :
- le premier atelier réunissait ceux qui travaillent au niveau des ressources naturelles et des changements globaux (on va y retrouver l’océanographie opérationnelle),
- le second atelier était celui des procédés et des produits de l’écologie, de la transformation propre et du développement industriel responsable (donc les personnes qui transforment la matière et qui fabriquent les produits pour la société),
- le troisième atelier était celui des ingénieurs aménageurs du territoire et des responsables de la qualité de vie et sanitaire.
On a posé à ces trois ateliers les questions que vous vous êtes posées en introduction de ces assises. Les réflexions ont été restituées selon quatre grandes tables rondes.
La première portait sur l’organisation de la recherche : comment s’anime, s’arbitre, se décide, se questionne la recherche ?
La deuxième avait pour titre « comment cette recherche dialogue-t-elle avec le monde économique et compétitif alors que l’on est dans le champ de la durabilité ». Il y a une certaine contradiction à être immédiatement compétitif et être durablement pertinent.
La troisième table ronde traitait le problème de la recherche en appui aux politiques publiques, la recherche et l’expertise.
La quatrième table ronde était celle relative à la recherche vis-à-vis de l’enseignement supérieur et de la coopération.
Les éléments de réponse au questionnement des étudiants se trouvent dans la première table ronde c’est-à-dire comment s’organise la recherche, comment s’équilibre une commande régalienne par rapport à de grands objectifs d’Etat sachant que notre recherche est par définition une recherche d’Etat. En effet, elle relève de l’impôt général. Il n’y a pas de recherche payée par les collectivités locales, du moins directement. Il peut y avoir des soutiens mais pas de programmation essentielle, c’est peut-être d’ailleurs un problème qui a été débattu à Nancy. Quels sont les grands équilibres entre une recherche qui doit se faire sur projet, une recherche finalisée par rapport à une recherche libre ? On ne peut pas enfermer la recherche dans des a priori. Comment faire une réponse ? D’ailleurs dans le Figaro de ce matin, Madame Pecresse a apporté une réponse puisque l’ANR, qui anime beaucoup de programmes, vient d’augmenter de 50% la dimension de ce que l’on appelle ces « programmes blancs ». Ces programmes sont des programmes libres, à l’initiative du chercheur. Donc la recherche est encore une recherche sur projet, mais l’initiative du projet n’est pas pré-orientée et c’est un peu nouveau. Ces thèmes sont débattus. Ce sont toujours des sujets ouverts. Vous disiez qu’on a failli ne pas parler de la mer au Grenelle, c’est vrai. Quand on fait des réflexions très larges, il y a souvent des oublis majeurs et le champ du développement durable n’est pas vraiment un champ bien défini. Il y a une certaine ambiguïté puisqu’on a recyclé sous le terme de développement durable beaucoup d’activités traditionnelles qui étaient déjà administrées par les administrations centrales et puis, j’en suis certain, en face de ces fonctions historiques, des trous, des latences. C’est une vision d’organigramme gouvernemental développement durable alors qu’en recherche, le développement durable est essentiellement un mode transversal d’intégration des choses avec des finalités durables et des critères spécifiques. C’est plus un état d’esprit, une manière d’apprendre des choses qu’une somme thématique. Cela pose effectivement pas mal de problème d’organisation et d’évaluation des chercheurs : un chercheur qui fait une recherche très finalisée ne peut pas s’évaluer comme un chercheur qui fait la course au Prix Nobel.
On tient aussi le discours sur la fuite des cerveaux. Dans un contexte de mondialisation, il est vrai qu’il ne faut pas qu’il y ait de fuite de cerveaux, mais la seule chose que nous avons à vendre à l’international dans un vieux pays comme le nôtre c’est de la matière grise. C’est la seule matière première qu’on exporte. Il faut garder les cerveaux, mais il faut exporter la matière grise. Il y a quand même une contradiction très forte comme on le voit.
Je viens tout de suite à la quatrième table ronde, avec la relation entre la formation des ingénieurs et celle des docteurs dans nos facultés. Il faut être très attentif à ce que notre système ne diverge pas trop, notamment dans le champ du développement durable. Il a été recommandé que le développement durable ne soit pas une discipline, donc ça ne peut pas être une formation première. Mais c’est un thème que l’on doit aborder une fois qu’on a déjà un métier et que l’on peut avoir des approches suffisamment systémiques de la complexité du développement durable. Quand vous êtes étudiants en Master en environnement, soyez très applicatifs dans vos disciplines de base. Les grandes approches générales vous les ferez à bac + 5 du moins c’est ainsi qu’on fera converger les approches des ingénieurs avec celles des facultés et des docteurs. Le docteur d’université a généralement fait une thèse sur un sujet très étroit alors que l’ingénieur est formé pour être très intégrateur, très systémique. Il ne faudrait pas que ce système diverge à l’infini et il faut donc absolument que nos écoles d’ingénieurs et nos universités arrivent à avoir un système convergent dans leur évaluation globale. C’était une des conclusions de ces assises.

Je reviens maintenant sur le thème plus classique, puisqu’on est dans un pôle de compétitivité : comment est-ce que l’on traite de la compétitivité durable avec des pôles de compétitivité que l’on veut concentrer régionalement. Cela veut dire que si l’on concentre sur une région, on ne fait pas la même chose ailleurs. Alors comment traite-t-on l’ailleurs ? Faire de l’excellence c’est bien, mais il y a des gens qui ne sont pas, selon les critères, instantanément excellents et il ne faut pas les oublier. Indépendamment de cela, comment les pôles de compétitivité sont-ils également des pôles de durabilité ? Il ne faut pas se leurrer ; dans le secteur économique et du développement durable, l’innovation n’est pas simple parce que les techniques sont très capitalistiques : une hydrolienne, ça coûte cher, le maire d’une commune ne peut pas suivre, donc c’est EDF qui traite. L’innovation est lourde et la responsabilité écologique de l’entreprise qui innove est vraiment très forte. La PME qui a une bonne idée va avoir du mal à la garder parce qu’elle ne trouvera pas beaucoup de prêts bancaires s’il n’y a pas de parrainage derrière. Il faut donc réfléchir à la manière de transformer un pôle de compétitivité en pôle de durabilité. Souvent, les pôles de compétitivité ont été élus pôles de compétitivité parce qu’ils étaient foncièrement durables et qu’il y avait, pour ceux qui ont une vocation internationale et qui sont pertinents, une importante tradition publique dans la recherche. Je pense que le pôle de Brest ne pose aucun problème à ce niveau : il est fondé sur une forte emprise. Il va simplement falloir intégrer tout cela avec les contradictions entre le local, le besoin d’être européen et le besoin d’être mondial.

Quant à l’expertise, on voit que c’est de plus en plus la fonction de l’ingénieur ou la fonction du technologue. Ils ne sont plus des inventeurs à proprement parler donc le critère du nombre de brevet est tout aussi important dans le champ du développement durable que de savoir comment on fait une expertise, comment on certifie un produit. Par exemple, quand vous avez un produit chimique anti-fouling sur un bateau, comment est-ce que vous certifiez son innocuité environnementale pour les eaux littorales ? Ces sujets sont tout aussi importants que la mise au point de la molécule en laboratoire.

Ce sont des sujets de préoccupation nouveaux. On en a débattu, et je n’ai pas toutes les réponses mais je suis heureux de voir que vous avez conscience que le travail que je traite au quotidien sert à quelque chose.

Merci





Mis à jour le 02 décembre 2008 à 10:59