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2008 : Patrimoine maritime, ressources et économies du littoral. Recherche, nouvelles compétences et nouveaux métiers de la mer > TR2 : la connaissance : avons-nous toutes les cartes en main ? (décisions politiques et recherche) >  Consortium de recherche Europôle – cohérence et échange avec les pôles de compétitivité

Consortium de recherche Europôle – cohérence et échange avec les pôles de compétitivité

Cyrille Chapon, Bretagne Valorisation – Université européenne de Bretagne Membre du Conseil d’administration du Réseau C.U.R.I.E.

Biographie :

CHAPON Cyrille

Compte rendu :

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Transcription :

16 octobre 2008 Table ronde 2


Discours de Cyrille Chapon :

(transcription sous réserve de validation)

Rachel Mulot : Les chercheurs sont dans leurs laboratoires et d’autres personnes se chargent du transfert de technologies et de savoirs, et de faire correspondre les idées des chercheurs aux besoins des industriels. Cyrille Chapon, de Bretagne Valorisation, va nous expliquer cela.

Cyrille Chapon : Je suis directeur adjoint de Bretagne Valorisation en charge du transfert de technologie. Bretagne Valorisation est le service valorisation du PRES c’est-à-dire du Pôle de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur de l’Université Européenne de Bretagne qui regroupe les universités et les écoles d’enseignement supérieur de la Bretagne. C’est un service mutualisé dont la spécificité est d’être un service unique en charge de plusieurs structures publiques. C’est un service administratif et technique. Ce qui est innovant c’est la décision de ces établissements d’enseignement supérieur et de recherche de supprimer leur service valorisation pour n’en créer qu’un seul. Cette structure est ainsi plus visible de l’extérieur c’est-à-dire des pouvoirs politiques et des entreprises. Elle est aussi plus professionnelle, avec des missions plus resserrées pour répondre au mieux aux besoins propres de nos chercheurs et des entreprises qui ont des demandes civiles. Nous sommes donc là pour essayer de favoriser ce lien entre le public et le privé. Il faut saluer les chefs d’établissement d’avoir réalisé qu’il serait plus efficace de regrouper les efforts. Ils ont décidé de créer Bretagne Valorisation pour mettre leurs forces en commun, et, en plus, des moyens supplémentaires ont été accordés. En 3 ans, nous avons augmenté les effectifs de 16 à 25 personnes. On nous a donné les moyens de mieux défendre les résultats de la recherche c’est-à-dire de mieux les protéger pour pouvoir les transférer au monde socio-économique. Cette valorisation de la recherche, c’est la troisième mission des universités et des écoles. La première est l’enseignement, la seconde est la recherche et la troisième est la valorisation de cette recherche. Le législateur a clairement donné aux organismes de recherche cette mission de valorisation qui doit répondre aux besoins du monde socio-économique, aux besoins de la société. Mais nous sommes dans un système complexe parce qu’il y a beaucoup d’acteurs qui interviennent. Quand on regarde chaque unité, c’est facile d’agir et de régler le problème. Le problème est de rendre l’ensemble cohérent. Le titre de cette table ronde « Avons-nous toutes les cartes en main ? » et entre parenthèses « décision politique et recherche », devrait être à mon avis « décision politique, recherche et entreprises ». Il faut de toute façon intégrer tous les éléments. Par exemple, si on étudie l’environnement – je suis désolé, je ne vais pas donner d’exemple directement sur la mer parce que je ne suis pas spécialisé sur cette thématique – de nombreux laboratoires s’intéressent aux problématiques environnementales depuis un certain nombre d’années. Il y a beaucoup de recherche et parfois des résultats et, c’est vrai, nous n’avons pas toujours réussi à les transférer. On a eu un très bon écho c’est-à-dire que les résultats de nos chercheurs attiraient, intéressaient le grand public qui trouvait les solutions des chercheurs innovatrices. Les industriels les trouvaient aussi extrêmement intéressantes, répondant semble-t-il à une problématique seulement ils ne savaient pas comment les positionner dans leur marché. Donc, si on veut pouvoir agir, c’est un continuum. Les politiques, par voie législative ou normative, peuvent agir en préconisant des solutions, en orientant des choix. La recherche peut proposer des solutions mais, au final, ce sont les entreprises qui les mettent en vente. Pas toutes évidemment, par exemple dans le domaine de la mer, il y a des solutions directement mises en œuvre par les pouvoirs politiques. C’est pour cela qu’il faut intégrer ces trois mondes qui ont des contraintes particulières. La partie valorisation est clairement une des missions de l’université et la question de l’évaluation des chercheurs est importante puisque aujourd’hui un enseignant-chercheur, payé pour enseigner, est évalué sur sa recherche. S’il a besoin de moyens supplémentaires, il va essayer d’avoir quelques contrats industriels. C’est vrai qu’on va lui demander d’avoir une recherche d’excellente qualité. La société attend des solutions. Il faut que le chercheur s’implique dans un projet, c’est ce qui a été dit tout à l’heure des rapports entre recherche fondamentale et recherche avancée ou appliquée. Tout le monde doit y trouver son compte puisque tout le monde participe à l’effort national lié à la recherche. Pour la valorisation, on ne peut pas opposer recherche fondamentale et recherche appliquée ou avancée. Les deux sont nécessaires pour la société. Par principe l’innovation est imprévisible. L’innovation incrémentale peut, elle, être prévisible. Cela veut dire que la recherche fondamentale est indispensable pour permettre la compréhension des mécanismes fondamentaux. C’est la plus grande source d’innovation au niveau de la recherche actuellement, beaucoup de cas le démontrent. C’est peut-être le hasard, mais c’est en cherchant et en essayant de comprendre les mécanismes qu’on trouve. On ne peut pas choisir entre les deux, le problème est comment faire les deux. Les chercheurs doivent être évalués. Les deux dimensions sont importantes : la formation / enseignement des étudiants et la valorisation. La société est attentive aux deux. Le contribuable veut que les étudiants soient bien formés et il attend de la recherche un meilleur confort, des solutions pour les maladies, une planète dans le meilleur état possible et pas de catastrophe comme une épée de Damoclès. Il y a beaucoup de projets, nous avons du mal à gérer tout ce que les chercheurs nous apportent. Il y a beaucoup d’inventivité, il y a beaucoup de solutions proposées. Nous devons travailler dessus, et essayer de déposer des brevets, des logiciels pour les savoir-faire. Il faut faire valider un certain nombre de résultats avant de les proposer à la société : est-ce nocif ou pas ? La recherche seule ne suffit pas, il faut quelque fois faire de la maturation sur ces projets-là. C’est le cas de figure où on va trouver des applications aux résultats de recherche. On gère aussi les contrats de recherche et développement passés entre les entreprises et nos laboratoires publics. Dans ce cas, les chercheurs de nos laboratoires répondent à des demandes, à des sollicitations et à des besoins industriels, de la PME brestoise jusqu’au grand groupe international. Les chercheurs gèrent ces demandes en fonction de leurs moyens et de leurs contraintes. Les chercheurs doivent pouvoir répondre aux besoins de la société, du monde socio-économique et agir auprès des politiques. Si on prend l’exemple du réchauffement climatique, la prise de conscience vient des scientifiques qui ont fait du lobbying, qui ont produit des travaux sur l’urgence d’agir et de légiférer. Une conséquence par exemple est : les scientifiques ont agi pour qu’on prenne en compte cet événement de développement durable dans sa globalité et le législateur a élaboré au niveau européen la norme Reach pour supprimer 100 000 molécules nocives. Que se passe-t-il aujourd’hui ? Les industriels prennent acte de cette décision : ces produits sont interdits ou fortement déconseillés. C’est un effet sans précédent qui touche la cosmétique, l’électronique et d’autres secteurs. On a donc un effet d’entraînement extrêmement positif. C’est désormais un besoin de la société et les chercheurs travaillent avec les industriels pour trouver de nouvelles molécules, de nouveaux produits plus respectueux de l’environnement. Il y a des produits qui vont sortir, il y en a déjà qui sont sortis depuis un ou deux ans. Dans ce cas, le système a bien fonctionné. Ce sont des décisions importantes puisqu’on touche à l’environnement. Et lorsqu’on touche à l’environnement ou à la santé, on est dans des domaines où l’urgence oblige à prendre des décisions. Mais c’est vrai que dans d’autres secteurs, c’est plus difficile parce qu’il y a moins cette urgence.

On peut voir aussi l’émergence de réseaux créés pour relier des personnes. En France le clivage public-privé est extrêmement important, dans d’autres pays, il l’est un peu moins, il y a plus de passerelles entre le privé et l’enseignement. Depuis quelques années les réseaux issus de la Commission Européenne et les pôles de compétitivité se sont beaucoup renforcés et il y a de plus en plus de rencontres entre les scientifiques et les entreprises, mais aussi entre les entreprises entre elles et les scientifiques entre eux. Il y a aussi beaucoup de croisements des thématiques. Ainsi, pour mettre au point un observatoire sur le comportement des océans afin de prévoir les conséquences au niveau climatologique, on a besoin des technologies des capteurs, des bouées, des courants, du traitement du signal. Le traitement du signal n’est basé que sur des modèles mathématiques issus de la recherche fondamentale. Presque tous les modèles de traitement du signal sont basés sur l’évolution de modèles mathématiques. La recherche permet de donner une nouvelle puissance aux outils et de trouver des solutions. Pour faire évoluer le système il faut agir dans de nombreux domaines en même temps.

Le réseau C.U.R.I.E. est le réseau de tous les chargés de valorisation en France. Depuis une dizaine d’années, notre mission est d’organiser les transferts de technologies et la valorisation de la recherche pour avoir des outils ou des appels à projets. Nous travaillons avec la conférence des présidents d’université et l’équivalent pour les chefs d’établissement des écoles pour faire émerger cette troisième mission qui n’est pas trop connue. 500 personnes en France essaient de valoriser les travaux des chercheurs français en négociant des contrats avec des entreprises. Le but final de notre mission est de mettre à disposition de la société les résultats issus de la recherche. Mais il y a des conditions : si on n’a pas de brevet, il n’y aura pas d’innovation donc on est obligé d’adapter des protections en fonction des domaines et de protéger l’innovation par des brevets. Si on a une innovation intéressante, nous travaillons avec les chercheurs pour prendre une protection qui permettra de la rendre plus attractive auprès des industriels, en tout cas d’être en conformité en termes de standard.

Pour finir, je pense que nous avons pas mal de cartes en main, mais il faut encore que tout le monde apprenne à mieux se connaître et à travailler ensemble. C’est vrai qu’il est extrêmement difficile de prévoir l’innovation donc c’est très difficile pour les pouvoirs politiques de programmer des axes de recherche ; il faut laisser de la liberté de ce côté-là. Pour l’environnement, on a des décisions qui permettent de générer de l’innovation, de répondre aux besoins de la société et à ceux du citoyen. Je crois que c’est en se connaissant mieux au niveau des différents acteurs qu’on arrivera à échanger et à travailler ensemble. La preuve est donnée par les pôles de compétitivité : des entreprises, voisines parfois, se rencontrent au niveau du pôle et réalisent qu’elles peuvent collaborer. C’est entre privé et privé, public et privé. Il faut trouver les personnes dont les autres ont besoin pour nourrir les attentes de la société.





Mis à jour le 17 avril 2009 à 16:17